03.09.2009

Beyrouth en quartiers

 

Beyrouth a été choisie par l’UNESCO pour être « Capitale mondiale du livre » du 23 avril 2009 au 22 avril 2010. A cette occasion, le site http://www.lettresabeyrouth.org/ a été créé pour recueillir des lettres et poèmes adressé à Beyrouth en tant que ville personnifiée.


Le site dit: "Vous êtes invités à adresser une lettre à la ville de Beyrouth pour exprimer vos sentiments à son égard, votre amour ou vos incompréhensions, votre nostalgie ou vos souvenirs, votre vie quotidienne ou vos rêves. Jeunes et adultes, d’où que vous soyez à travers le monde, la parole est à vous!"

Quelques très jolies lettres ont été déposées. Il existe les catégories "enfants" et "adulte", les textes de personnalités sur Beyrouth, puis les contributeurs, dont les lettres peuvent être trouvées par date ou par pays.

 


beyrouth-contraste.jpg

Beyrouth je glisse vers le vice

De te croupe sacrée, depuis Sanine l'enneigée,

Je fonds sur la chaude Ashrafyeh

Loubnaniat! pour m'encanailler,

Sous les néons, dos dénudés,

Couleur caramel et goût sucré,

Je m'y perdrais, toute une soirée,

Avant de rejoindre la Dahyeh.

 

Quartier martyr, dit-on de toi,

Je le constate malgré moi,

Poussières et prières vers le ciel,

Avant que de rencontrer celle

Où dans le coeur, et dans les yeux

Brillent joyaux de Byzance les plus précieux,

 

Hizam al buss* devient Eden

Et je découvre stupéfait,

Que sur le bitume mâculé,

Et les trottoirs décharnés,

Il y a défilé de beauté,

Qui dit Beyrouth tel qu'il est,

Un coeur battant sous barbelés,

Fin de ma route, j'y resterai.

 

* Ceinture de la pauvreté.

30.04.2009

Al Khamriya de Bekaa (poème bacchique de Bekaa)

Bekaa, je suis pressé,
De goûter le jus de tes grappes pressées,
Et sous mes dents de faire craquer,
Leur peau frappée,
Par le soleil, sceau libanais.

Quel pied de vigne peu se flatter,
D'être daté comme trois fois Rome,
D'avoir connu la guerre des hommes,
Sans jamais ne perdre son trône?

Et que le Perse ne t'ai ôté,
De cette terre, fût-elle sacrée,
Mais qu'au contraire, il t'ai chanté,
Donne avant-goût, de ton éternité!

bekaa.jpg

29.01.2009

Le déserteur

dsc01440.jpgComme la terre sous les bombes,
Son bassin sous le mien tremblait,
Mais ici aucune hécatombe,
Seulement deux corps se fécondaient.

Quelques minutes, quelques secondes,
J’allais devoir me retirer,
Quand l’ennemi faisait claquer,
Ses bottes immondes sur le sol crevé.

Qu'il aille feraille enchevêtrer!
Maudit soit-il, ce déchainé!
Le seul territoire à occuper,
Est pour moi celui de la beauté.

Mieux qu’un bunker, j’avais trouvé,
Dans la moiteur d’un lit défait,
Dans la torpeur de cet été,
Un endroit où me réfugier,
Et rien ne pouvait m'y déloger.

Les lamelles des stores découpaient des ombres,
Qui rejoignaient la mort en nombre,
Sous les balles qui tombaient en trombes,
Des libanais vont à la tombe.

J’ai déserté la guerre du dehors,
De l’avoir fait, aucun remord,
Mon jour viendrait, je le savais,
Mais ce jour ci j’allais goûter,
L’éternité, la seule, la vraie.

17.01.2009

Petit khuya

Chez moi des flocons tombent en trombes,
Chez toi des bombes creusent des tombes.

Un grand vacarme dans tes prières,
Qui redescendent du ciel vers la terre,
C'est le prélude à ton enfer,

Contre le silence des cristaux,
Qui s'accumulent en blanc manteau,
Sur ma paisible ville d'eau.

Dans la neige s'enfoncent mes pas,
Au moment même où s'empare de toi,
Un froid terrible, de haut en bas.

Miséricorde du Tout-Puissant,
Sur mon ciel d'où Son nom est absent,
Et châtiments pour toi mon enfant,
Malgré tes prières, inlassablement...

Mais tends bien l'oreille, tu entendras,
As saouti jamila
Du'a de Faten et Sanaa,
Et des millions d'autres, tapis de voix,

Transportent ton corps, hors des gravats,
Ou des tunnels de Rafah,
Et t'accompagnent, fisabi'lillah,
Comme l'on dit, de par là-bas.

Tends bien l'oreille, petit khuya!
Car ni Hamas, ni Fatah
Ne réchaufferont ton coeur comme ça,
Qu'il ait cessé de battre ou pas.