26.07.2009

Mahmoud Darwish et l'épisode libanais (nouvelle version)

En mars 2009, je vous proposais un post intitulé "Mahmoud Darwish et l'épisode libanais", qui racontait un coup de force du poète palestinien montrant comment pour lui le poétique devait transcender le politique.

Mal ficelé, affligé par des oublis, parsemé de fautes, ce post devait être réécrit. Il est maintenant plus lisible et agrémenté d'une vidéo du célèbre poème "Inscris! Je suis Arabe", qu'il avait rédigé en 1964 en prison, devenu cri de ralliement de toute une jeunesse palestinienne et même au delà...

http://10joursabeyrouth.blogspirit.com/archive/2009/03/30...

 

Bonne lecture et bonne écoute.

 

Cédric.

30.03.2009

Mahmoud Darwish et l'épisode libanais

(revu, corrigé, complété le 26 juillet 2009)

Aucune anecdote ne peut mieux résumer l'esprit qui anime ce blog. Ou peut-être est-ce là de ma part une justification intellectuelle a posteriori de celui-ci, tant cette histoire racontée par le poète Elias Sanbar (traducteur de l'œuvre de Darwish en français) que je reprends ici m'a touché? Elle incarne la résistance poétique à la tyrannie politique, même si ces deux instances, dans l'œuvre du poète palestinien, sont intimement liés...

Présent à Bordeaux en 1998 pour une journée consacrée à la poésie arabe, Sanbar fait un bond dans le temps et l'espace, dans le Liban du début des années 70, où les balles déjà pleuvaient pour raconter à son auditoire une anedote impliquant Darwish (1941-2008). Déjà très connu pour ses poèmes dans tout le monde arabe, le poète palestinien fait face à un parterre d'étudiants et militants de tous horizons, libanais et palestiniens, venus l'écouter. Très vite, ils réclament au poète son "Inscris! Je suis Arabe" (aussi connu sous le nom d'"Identité"), salve identitaire écrite en 1964, à l'âge de 22 ans, alors qu'il se trouvait dans les geôles pour cause d'activité nationaliste. La défaite arabe de juin 1967 ne va qu'amplifier la popularité de ce cri du poète.

 

C'est donc fort logiquement que dans le contexte libanais de l'époque (où sont déjà installés des camps de réfugiés palestiniens depuis 20 ans une génération de jeunes adultes), la foule (plus de 2000 personnes) venue l'écouter lui réclame à corps et à cri son "Inscris! Je suis Arabe". Darwish ne s'exécutera pas. Il refusera catégoriquement, à la grande stupéfaction de la jeunesse poétique et politique du Levant. Mais écoutons son traducteur  Elias Sanbar, alors jeune admirateur présent dans la salle, nous raconter cette attitude inatendue du poète:

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"Je me souviens très bien d'une salle hurlant, réclamant au poète de dire "Inscris! Je suis Arabe." et lui répondant avec entêtement en répondant par le titre d'un autre poème, qui était un poème d'amour, "Je t'aime ou ne t'aime pas", "Ouhibouki aoum la ouhibouki". Et il y a eu un véritable bras de fer qui a duré presque un quart d'heure avec hurlements dans la salle [...] mais finalement il n'a pas cédé, il a déclamé une série de poèmes d'amour. Ce jour-là, je me suis dit, "ça c'est un homme libre." [...] Ce que je vous raconte là, maintenant que je suis encore plus proche de son œuvre à travers la traduction, c'est que je crois que sa poésie est précisément là. Non pas que Mahmoud Darwish est une voix qui, au lieu de dire "Je suis Arabe" répond par "Je t'aime", mais c'est une voix qui peut dire "Je suis Arabe" et en même temps, pas alternativement, "Je t'aime" à une femme. C'est une voix qui peut dire toute l'intimité de la Palestine et qui peut dire en même temps ce que chaque Palestinien, comme tout être humain, recèle d'universel, et d'humain tout simplement. C'est une voix qui peut chuchoter, dire des murmures, et qui en même temps peut dire l'épopée, le grand chant lyrique. C'est une voix qui est précisément dans cette tension."

Ou la métaphore de la vie qui reprend ses droits sur le chaos politique. L'amour universel plutôt le particularisme identitaire.

Outre cette belle histoire déclamée presque comme un poème par la voix douce d'Elias Sanbar, vous pouvez aussi écouter des textes de Darwish en français et en Arabe, grâce à l'association bordelaise Biblio, qui tient un blog fort utile de littérature du monde. Ce lien vous mène vers un billet daté du 18 septembre 2008 au bas duquel vous trouverez une barre munie d'un icône "play" triangulaire sur lequel il vous suffira de cliquer pour lancer l'enregistrement de cette rencontre qui eu lieu sur les rives de Garonne il y a 10 ans, et dont je viens de retranscrire un court extrait.

Mais pour ceux qui, comme à Beyrouth en ce début de décennie 70, seraient frustrés de ne pas pouvoir écouter le poème politique et identitaire de Darwish, je fais une concession à la ligne éditoriale de ce blog et vous propose ici le lien vers une vidéo dans laquelle il le déclame.

Dans le secret d'un tout personnel requiem adressé au défunt poète, je lui ai demandé sa permission. Il me l'a accordé, en me faisant promettre toutefois de toujours faire primer la poésie du cœur sur celle des tripes...

 

Mahmoud Darwich, "Inscris! Je suis Arabe" (ou "Identité"), 1964.





Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d'enfants : huit
Et le neuvième... arrivera après l'été !
Et te voilà furieux !


Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j'ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d'écolier
Je les tire des rochers...
Oh ! je n'irai pas quémander l'aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !


Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines...
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l'effusion de la durée
Avant le cyprès et l'olivier
...avant l'éclosion de l'herbe
Mon père... est d'une famille de laboureurs
N'a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.


Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux... couleur du charbon
Mes yeux... couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
...elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c'est
L'huile d'olive et le thym


Mon adresse :
Je suis d'un village isolé...
Où les rues n'ont plus de noms
Et tous les hommes... à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !


Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as rafflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
...à ce que l'on dit !


DONC


Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n'ai pas de haine pour les hommes
Que je n'assaille personne mais que
Si j'ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur !

 

 

17.01.2009

Petit khuya

Chez moi des flocons tombent en trombes,
Chez toi des bombes creusent des tombes.

Un grand vacarme dans tes prières,
Qui redescendent du ciel vers la terre,
C'est le prélude à ton enfer,

Contre le silence des cristaux,
Qui s'accumulent en blanc manteau,
Sur ma paisible ville d'eau.

Dans la neige s'enfoncent mes pas,
Au moment même où s'empare de toi,
Un froid terrible, de haut en bas.

Miséricorde du Tout-Puissant,
Sur mon ciel d'où Son nom est absent,
Et châtiments pour toi mon enfant,
Malgré tes prières, inlassablement...

Mais tends bien l'oreille, tu entendras,
As saouti jamila
Du'a de Faten et Sanaa,
Et des millions d'autres, tapis de voix,

Transportent ton corps, hors des gravats,
Ou des tunnels de Rafah,
Et t'accompagnent, fisabi'lillah,
Comme l'on dit, de par là-bas.

Tends bien l'oreille, petit khuya!
Car ni Hamas, ni Fatah
Ne réchaufferont ton coeur comme ça,
Qu'il ait cessé de battre ou pas.

08.01.2009

Roquettes depuis le Sud-Liban

Avec ces précédentes ''revues de sites d'information'' portant sur l'attaque israëlienne de Gaza, nous pensions dévier quelque peu de notre contexte libanais.

Mais le conflit vient de s'inviter ce matin dans le pays au Cèdre. Des roquettes ont été lancées depuis le Sud-Liban sur un territoire occupé par les israëliens, en réponses aux victimes palestiniennes de l'offensive de Tsahal. Ce serait d'ailleurs depuis les camps de réfugiés palestiniens au Liban qu'elles seraient parties.

Pour l'instant la FINUL, le gouvernement libanais, le Hezbollah et Israël semblent maintenir un relatif équilibre qui pourrait permettre d'éviter un scénario bis repetita façon été 2006...

Une nouvelle guerre comme celle qu'a connu le Liban il y a 2 ans et demi serait catastrophique pour le pays et l'ensemble de la région.

On est nécessairement pris par ce sentiment un brin contradictoire de compassion vis-à-vis de la souffrance des familles palestiniennes et la volonté de ne pas voir le conflit s’étendre au Liban, créant un nouveau “été 2006″. C’est une situation moralement assez inconfortable…

29.12.2008

Attaque sur Gaza: revue de sites d'information

Le gouvernement d'Ehud Olmert ferait bien de lire Symmaque, donc (et avec lui le Hamas, certes). Il n'a guère que 1600 ans de retard sur cette éthique politique. Car derrière la réponse israëlienne disproportionnée (ce que concède le Président français) aux tirs de missiles depuis Gaza, c'est la possibilité des palestiniens de simplement vivre sur leur territoire qui est déniée.

Sur la colonne de droite, une rubrique "Blogs et sites Proche-Orient" a été récemment installée. Ils traitent évidemment de l'attaque de Tsahal sur Gaza, la plus violente depuis 1967.

Le journaliste du Monde Diplomatique Alain Gresh a réagit dès le dimanche 28 décembre, sur son blog, avec un article intitulé "Gaza, choc et effroi", qui a déjà suscité près d'une centaine de commentaires.

Au Liban, des manifestations ont eu lieu devant l'ambassade d'Egypte et dans tous le Sud de Beyrouth notamment. Le site iloubnan, lancé après la guerre de l'été 2006 collecte des brèves AFP sur les réactions libanaises à l'attaque. On trouvera entre autres celle du Hezbollah et la tentative du président Sleiman de faire que le conflit ne s'étende pas au Liban, tout en rappelant qu'Israël commet une "violation".


Sous le titre "Gaza: un champ de ruines, une hémmoragie sans fin", L'Orient le Jour (quotidien libanais en langue française) dresse un bilan des deux jours de frappes tous azimuts.

L'universitaire Joshua Landis met à profit sa grande connaissance des relations interarabes pour dresser un tableau des réactions des différents pays de cette partie du globe dans un article qu'il titre "Gaza Killings Divide Arab Countries Further".

Le site payant MideastWire propose des traductions en anglais d'articles de journaux arabes tels Al-Mesryoon (Egypte), Al-Akhbar (Liban) ou Al Hayat al Jadidah (Palestine). L'abonnement à ce site pour un an coûte 199 dollars. C'est la source la moins chère pour ce type de service.

Enfin, non répertoriés dans mes liens, le site militant (comme son nom l'indique) e-intifada collecte lui aussi des données de la presse locale mais dispose également d'informations de premières mains via une équipe d'enquêteurs...