17.11.2008
Beauté contrastée
Seul, le poème qui clôt "Sur le terreau de Dahiyeh", dont j'avais interrompu le récit pour passer à d'autres posts...
Plus n'existait sol craquelé,
Murs balafrés,
Coins infestés,
Ni l'eau souillée de la Dahiyeh.
Horloge du coeur déclenchée,
Dahiyeh parée, nouvelle beauté,
Hizam al buss devient palais,
En ta présente majestée.
Tombeau urbain n'a pas d'emprise,
Sur un sourire électrolise,
Une chute de reins dévoilée,
Où mes mains se voulaient réfugier.
Puis tu t'éloignes de l'horizon,
Et reprend ses droits l'affliction
A qui de tes pas tu avais fait don...
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10.11.2008
Sur le terreau de dahiyeh (suite et fin)
Il y a trois mois jour pour jour, je vous promettais la fin de "Sur le terreau de dahiyeh". Je m'en était arrêté à une courte déscription de la scène urbaine (que vous trouverez ici). La figure de Christia n'avait pas encore surgit de ce quartier des bas-fonds de Beyrouth... Contrairement au précédent post, il s'agit donc d'un retour au récit de voyage :
[...] Secoué comme une douille de kalach à la ceinture d'un milicien arpentant les montagnes de Sanine, je m'enfonçais un peu plus dans ce tiers-monde intralibanais. Le chauffeur s'était finalement accomodé de ma présence après avoir jeté un regard insistant et suspicieux dans le rétroviseur intérieur. Le blanc-bec à lunettes affublé d'une saccoche d'ordinateur bourrée de livres lui apparaissait surement un brin exotique. Rien d'explosif pourtant. Seulement quelques recueils de poésie et de la littérature de voyage. Pas même un manuel de pilotage. C'est avec les vers que je m'éjecte au 7eme ciel et sans y attendre la présence de 1000 vierges. Finalement, mes quelques rudiments d'arabe finissaient par m'attribuer sa sympathie. Il était navré de ne pouvoir m'indiquer où se trouvait "al mathaf ash shuhada" ("le musée des martyrs") que je cherchais.
Après quinze bonnes minutes de route, je décidais de m'arrêter non loin du terme de cette ligne numéro 4, qui avait laissait derrière elle la grande artère Bechara Khoury pour soulever la poussière des ruelles d'Haret Hreik sud. Deux livres libanaises et un "barak'Allah oufikoum" au "pilote", et me voilà hors de son tas de férail. Je me ravitaillais dans une petite épicerie tenue par un pré-ado chiite qui tutoiyait le quintal et me dépassait d'une bonne tête et demi. Je repensais furtivement à mon idée folle de créer une équipe de rugby libanaise comme un ami s'y est aventuré en Turquie...
Rafraîchi, j'entamais à pied la suite de ma découverte de la Dahiyeh, en espérant y trouver la demeure finale des "martyrs" chiites. En face de moi s'ouvrait une patte d'oie. Les deux ruelles charriaient une poussière qui piquait déjà la gorge avant même de s'y engager. L'une bordée par des rangées d'immeubles de quatre ou cinq étages décorées par des guirlandes d'impacts de balles, l'autre, chemin dont je ne saurais vous dire où il débouchait, si non sur les pulsations accélérées de mon coeur, dont vous savez maintenant que la thermodynamique n'est pas au 35 heures. Car c'est en voyant s'y engouffrer une silouhette à la chute de reins niagaresque et aux cheveux ondulés, que j'ai fait le choix de l'emprunter. Ayant le pas plus prompt que la demoiselle, j'arrivais sans forcer à sa hauteur. L'occasion était trop belle pour ne pas demander mon chemin. Comme la sphère d'influence linguistique et culturelle du français décroissait à mesure que l'on gagnait le Sud de Beyrouth, je choisissais de l'interpeller d'un simple "Excuse me please!", car je ne connaissais pas vraiment l'équivalent arabe pour une telle situation, si non le "Haloua habibi!" beaucoup trop familier pour l'occasion. Quand elle pivotait gracieusement de la gauche vers la droite sa main légère frôla délicieusement son fessier, enserré dans un jean sans ceinture. Une taille nue faisait la transition avec un haut gauffré couleur arc-en-ciel. Instantanemment les tas d'immondices disparurent et avec eux les odeurs pestilencielles qu'ils dégageaient.
Christia, et seulement elle en surimpression de ce décor de western moderne. Un mode de vie suffisamment industrialisé pour flétrir l'environnement urbain de déjections sorties tout droit des foyers consuméristes et du ventre des machines, mais pas assez pour mettre en place les protocoles hygiénistes chargés de les retraiter. Peu importait maintenant, mon seul horizon était les yeux vert émeraudes de Christia... Je lui demandais mon chemin alors que mon regard était arrivé à destination. Il fallait explorer -fusse rapidement- le contraste entre sa beauté et la laideur urbaine:
Plus n'existait sol craquelé,
Murs balafrés,
Coins infestés,
Ni l'eau souillée de la Dahiyeh.
Horloge du coeur déclenchée,
Dahiyeh parée, nouvelle beauté,
Hizam al buss devient palais,
En ta présente majestée.
Tombeau urbain n'a pas d'emprise,
Sur un sourire électrolise,
Une chute de reins dévoilée,
Où mes mains se voulaient réfugier.
Puis tu t'éloignes de l'horizon,
Et reprend ses droits l'affliction
A qui de tes pas tu avais fait don...
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