08.11.2009

Ghassan Tuéni, homme de paix

tuéni.jpgSamedi 6 novembre dernier, le journal Le Monde publiait un entretien avec le grand journaliste et homme politique libanais, ancien directeur d'An Nahar, modèle d'indépendance dans une presse arabe souvent inféodée aux Etats ou aux partis  politiques. L'homme a perdu son fils en 2005 lors d'un attentat perpétré par... ah oui, il ne faut pas trop s'avancer. Posons-nous donc simplement la question de savoir qui gênait Gébran Tuéni, qui s'octroyait le droit de critiquer la Syrie et les dérives autoritaires de certains mouvements politico-religieux. Samir Kassir, autre journaliste du quotidien, a appris que l'on n'exerçait pas impunément sa liberté d'expression dans le monde arabe.

Pour autant, Ghassan Tuéni ne reprend pas l'antienne de la vengeance à son compte. Un mausolée pour son fils suffira, où la famille Tuéni ira de ses larmes amères remplir les pots de fleurs que tous les libanais épris de liberté y ont déposé.

Paroles du grand sage octogénaire à l'occasion de la sortie de son livre Enterrer la haine et la vengeance. Un destin libanais (Albin Michel, 190 p., 19 €).


Ghassan Tuéni :

"La force culturelle du Liban, c'est la liberté d'expression"

LE MONDE | 06.11.09 | 13h48  •  Mis à jour le 06.11.09 | 13h48


hassan Tuéni, 83 ans, a dirigé dès l'âge de 22 ans le quotidien libanais de langue arabe An-Nahar. Entré en politique à 24 ans, il fut tour à tour député, vice-président de la Chambre, ministre, ambassadeur auprès des Nations unies. Journaliste engagé, dans ses éditoriaux comme dans ses livres, il vient de publier Enterrer la haine et la vengeance. Un destin libanais (Albin Michel, 190 p., 19 €).


Le 14 décembre 2005, devant le cercueil de votre fils Gebran, qui dirigeait après vous votre journal, "An-Nahar", et qui venait d'être assassiné, vous avez tenu des propos qui n'étaient pas de vengeance.

Quand j'ai pris la parole, je ne savais pas ce que j'allais dire. Et, en effet, je n'ai pas appelé à la revanche. Je n'y crois pas. J'ai demandé justice, mais j'ai aussi appelé à enterrer les haines et les rancoeurs. J'avais envie de crier : "Assez de sang !" Je ne crois pas l'avoir fait. Mais la foule présente a bien entendu que je disais cela.

Mais, précisément, le Proche-Orient ne parvient pas à enterrer les haines et les rancoeurs. On a le sentiment qu'elles grandissent, au contraire. Croyez-vous vraiment en un avenir de paix ?

Je crois que cela va être impératif. On ne peut pas survivre avec tant de haines et de rancoeurs. On ne peut pas continuer indéfiniment ainsi. Nous sommes nombreux à le penser, dans tous les camps et dans tous les pays de la région. Cela doit nécessairement finir un jour. Il y a eu autrefois en Europe une guerre de Cent Ans. Et elle a bien fini par finir.

Dans votre livre, vous parlez aussi de votre foi, de la religion orthodoxe, des saintes images. La religion a-t-elle animé et guidé votre vie ?

Il vous suffit de voir le nombre d'icônes qui tapissent les murs de ma maison, de ma chambre, mon lit, etc. Les orthodoxes sont obsédés par l'icône. Mon rapport à la religion n'a pas été facile d'emblée. Mon père était franc-maçon et pas du tout religieux. Nous étions quatre garçons et il refusait de nous faire baptiser, disant que nous choisirions notre religion librement à l'âge de 16 ans. Ma mère, qui était très pieuse, désapprouvait cette décision.

Un jour, à l'insu de mon père, elle décide de nous faire baptiser. J'étais l'aîné de la fratrie et j'avais alors 6 ans. L'archevêque n'a pas voulu procéder au baptême sans prévenir mon père. Et celui-ci a tenu à venir et à assister à nos baptêmes. Ma vie a été orientée par cette foi, par l'exercice spirituel. Et je n'oublie jamais le jour où j'ai vu ma mère s'agenouiller pour prier à Saydnaya, en Syrie, sans doute le sanctuaire le plus visité au Moyen-Orient après Jérusalem, qui abrite la Shaghoura, l'icône de Marie que saint Luc aurait peinte et que vénèrent les orthodoxes. C'est peut-être à ce moment-là que j'ai eu la certitude de ma foi.

Quand vous avez pris la direction d'"An-Nahar", le journal de votre père, à la mort de celui-ci, vous aviez seulement 22 ans. C'était un vrai défi ?

C'était évidemment un défi, mais j'étais très heureux de ce challenge, d'apprendre à diriger des gens plus âgés que moi. C'est ce qui arrive à ma petite-fille aujourd'hui, qui, à la mort de son père, a aussi relevé le défi de la direction du journal. Et, évidemment, chaque fois que je l'incite à la patience, à attendre un peu avant de vouloir tout diriger, elle me dit : "Mais toi tu n'as pas attendu !" C'est vrai. Je ne voulais pas attendre.

"Le secret de ma liberté", écrivez-vous, c'est-à-dire de la liberté de votre journal, c'est "de ne rien demander au pouvoir, de ne rien lui devoir, et d'être dans une position où le pouvoir ne peut rien contre moi". Vous parlez aussi de l'insolence constante d'"An-Nahar". Comment avez-vous réussi à vous tenir à ces principes et que vous en a-t-il coûté ?

J'ai subi des tentatives de déstabilisation par l'argent bien sûr, par la suppression de la publicité. C'était une volonté de destruction. Il fallait tenter de ne pas y consentir. J'ai été aussi victime de ce qu'on appelle "la suspension administrative", qui empêche la parution du journal pendant un temps qui peut être long. Une fois, cela a duré six mois. Mais on a réussi à tenir. Grâce à des appuis. Des contre-feux. Des gens se sont mobilisés pour nous aider, puis faire revenir la publicité. Mais certains tentaient de négocier notre soutien à leurs affaires ou à leur cause, en échange. Cela, je ne l'ai pas accepté, j'ai toujours insisté pour rappeler que la publicité était une chose et la rédaction une autre, qui ne pouvait en aucun cas être soumise à la première.

Comment voyez-vous aujourd'hui l'avenir d'"An-Nahar" ?

J'ai beau m'être un peu éloigné, en raison de mon âge et de ma santé fragile, je connais les problèmes de la presse écrite d'aujourd'hui. Mais, comme en ce qui concerne la situation politique, je me refuse au pessimisme. L'avenir peut toujours être inventé. Je crois en l'avenir. Je pense que la structure financière - la famille et d'autres actionnaires - est saine. Certains des actionnaires ont des ambitions politiques, mais cela ne me gêne pas. On est capable de les contenir. Il y a des musulmans, des sunnites et des chiites, mais ils ne sont pas liés au Hezbollah. Tout cela demeurera sain et plein d'avenir si l'on arrive toujours à contrôler l'équilibre entre les actionnaires.

Quand vous évoquez vos batailles dans votre livre, et le courage qu'il fallait pour les mener, vous ajoutez : "Dans ce pays, la notion de courage doit être réévaluée." Que voulez-vous dire ?

On est obligé d'être courageux tout le temps, dans ce pays, alors, évidemment, la notion de courage est assez floue, tout le monde est courageux.

Dans un très beau discours devant le Conseil de sécurité de l'ONU, en 1978, que vous donnez en annexe de votre livre, vous dites, comme dans un cri : "Laissez vivre mon peuple !" Mais, si l'on regarde la situation aujourd'hui, on a le sentiment que tout le monde veut la mort du Liban.

C'est déjà ce que je disais. Et malgré tout le Liban survit.

Vous parlez de "la guerre pour les autres", du Liban comme champ de bataille des guerres des autres.

C'est exactement cela et cela ne peut s'arrêter que par des actions conjuguées de l'intérieur et de l'extérieur. Pour l'heure, le jeune Hariri, Saad, n'a pas réussi à constituer un gouvernement, on est de nouveau dans une situation de blocage. J'étais très ami avec son père et je fondais beaucoup d'espoirs quand il était au pouvoir. Il m'a dit une chose très étonnante un jour à Paris, à une réception : "Tu t'imagines ce que toi et moi cela peut faire comme tandem." J'étais perplexe. Mais il a ajouté : "La puissance de ton journal et celle de mon argent." J'ai dû de nouveau rappeler que mon journal ne pouvait être au service de son argent. De lui aussi je voulais être indépendant, en dépit de l'amitié et de l'affection.

Vous développez l'idée de ce que vous appelez la "convivence" islamo-chrétienne ; comment peut-elle s'exprimer ?

Je crois qu'elle existe déjà au Liban aujourd'hui. Du sixième étage d'An-Nahar, on voit un carré assez modeste où il y a la plus grande concentration de cathédrales et de mosquées. Donc cette convivence existe depuis six cents ans. Evidemment, si on agit comme le Hezbollah, elle est menacée. Mais on peut agir différemment.

Vous vous désignez comme un pacifiste guerrier...

Je veux voir l'avenir du Liban comme pacifique. Le Liban ne peut pas mener une guerre, et espérer la gagner, contre ce qui l'entoure. Les Iraniens, les Perses, ont toujours eu une volonté hégémonique. On peut tenter de les arrêter par la force politique et culturelle. La force culturelle du Liban, c'est ce qui lui reste, la liberté d'expression comme nulle part ailleurs dans le monde arabe. Le Liban ne doit pas accepter de mourir.

 

Propos recueillis par Josyane Savigneau
Article paru dans l'édition du 07.11.09

Commentaires

Un truc à remarquer à propos de la signature de l'ouvrage au biel durant le salon de la francophonie.
Cet ouvrage parle de la nécessité du Pardon, hors on a pu remarquer l'absence assourdissante de Nayla Tuéni lors de cette signature, Nayla Tuéni qui mécontente de plus en plus de monde à Ashrafieh, sa propre circonscription.

Certaines sources indiquent ici que l'absence de Nayla Tuéni était dûes justement à sa désapprobation face au pardon.

Ecrit par : frenchy | 09.11.2009

Comme le dit mutatis mutandis un théologien français dont je suis un peu le parcours, il y a un saut qualitatif énorme entre le ciel des idées et la poussière du monde... Il n'est donc pas étonnant que les principes que proclament le père dans son ouvrage ne soit pas nécessairement réalisé par la fille à l'échelle politique locale. Je ne savais même pas qu'elle occupait cette fonction.

En revanche, Ghassan Tuéni a eu l'occasion de mettre son éthique au service de la politique, lui qui a occupé de hautes fonctions dans son pays et à l'ONU. Il semble qu'il ait fait à chaque fois une quasi-unanimité (mais l'unanimité n'est pas forcément un gage systématique de qualité...).

J'ai eu l'occasion de discuter du personnage avec Jean Lacouture, qui ne cachait pas son admiration pour le messieur... Et d'insister sur sa grande noblesse et dignité après l'assassinat de son fils par les terroristes...

Ecrit par : Cédric | 09.11.2009

Frenchy,

Arrête de faire circuler des fausses rumeurs sur la famille Tuéni.

Il y a un an, tu prétendais sur ton blog que Nayla allait épouser un médecin et tu disais que tu étais absolument sûr de tes "infos".

Aujourd'hui tu prétends qu'elle n'est pas d'accord avec le pardon de son grand-père, parce qu'elle n'est pas venue à un salon du livre !

Tu as le droit d'exprimer des critiques politiques mais pas d'inventer des rumeurs farfelues et infondées.

Surtout si tu te piques de faire du "journalisme."

Ecrit par : Hanan | 09.11.2009

@ Cédric
comme tu peux le constater, dès qu'on parle de tuéni, on a des trolls qui viennent parasiter ci ou la.

@ Hanan
la fois ou j'ai parlé d'un mariage de nayla tuéni c'était avant les élections de juin 2009. Ce que tu dis sur le mariage avec un médecin est faux. Je constate dès lors que tu es un parasite des blogs.
Sur le salon du livre, il s'agit simplement de ce qu'on remarqué les gens. Tu admets toi même son absence lors de la signature du livre de Ghassan tuéni. Dès lors, le reste sont des supputions comme je le dis bien dans mon commentaire.
Cependant, tu devrais constater que par rapport à ces supputations, il y a une grande part de vérité, notamment si tu lis même les sites "amis de nayla" Il m'est arrivé de lire les réactions sur un de ces sites appartenant à un parti politique "proche" de Nayla tuéni et qui faisaient les mêmes remarques. Alors autant balayer devant ta porte.
[...]

Ecrit par : frenchy | 09.11.2009

J'oubliais, j'ai aussi parlé de Nayla comme petite fille de Michel Murr ;) et cela avant son mariage aussi et du rôle de murr comme point d'axe dans le pouvoir au Liban ( et notamment son rôle dans les télécoms dans les années 80)

Nayla n'est pas seulement la petite fille de Ghassan Tuéni mais plus encore celle de Michel Murr ...

Ecrit par : frenchy | 09.11.2009

CF billet sur mon blog du 18 juin:
http://blog.libnanews.com/frenchy/2009/06/18/psycho/#more-329

Tous les billets sur tuéni sont dispo sur ce lien
http://blog.libnanews.com/frenchy/tag/tueni/

Ecrit par : frenchy | 09.11.2009

Eh bien voilà une bonne occasion de pratiquer le "pardon tuénien" les amis!

Vous avez pas mal "pissé" comme on dit dans le jargon Frenchy. J'ai donc laissé uniquement les liens de votre dernier post, et supprimé les deux dernières lignes de votre première réponse à Hanane. Simplement pour se garder de toute escalade, tout en préservant l'économie de votre argumentation... Car je vous rappelle le principe ici: "Politique et religion avec modération, flâneries et libanaises avec passion."

Ecrit par : Cédric | 09.11.2009

Je ne vois pas pourquoi tu te permets de me traiter de troll et de parasite. Je me suis contentée de pointer tes manquements à la déontologie la plus élémentaire puisque tu publies souvent des fausses infos.

Je pardonne beaucoup, mais j'ai du mal à admettre que quelqu'un qui se prétend journaliste véhicule des rumeurs de caniveau, sans parler de ses innombrables fautes de grammaire et d'orthographe.

Ton post du 18 juin auquel tu as fait un lien est dégoûtant et scandaleux.

Je ne parle même pas de tes fausses rumeurs grotesques sur Murr et l'hôpital psychiatrique. Tu oses parler de "sources très crédibles" alors qu'il n'y a pas une once de vérité et que des dizaines de personnes ont vu Murr pendant ces deux jours.

Tu écris sur Nayla: "Elle a en effet épousé un chirurgien sunnite d’où son passage en Arabie Saoudite, dans la polémique au sujet de son appartenance à la religion musulmane. Cela j’étais déjà au courant depuis plus de 2 mois sans pour autant en parler."

Tu te vantes d'être "au courant" alors que tu n'es au courant de rien, mais que tu propages des mensonges sur Internet. Elle n'a épousé aucun chirurgien sunnite en Arabie Saoudite, ne s'est pas convertie, mais plusieurs mois plus tard, elle a épousé un animateur de télévision chiite, civilement, à Chypre, (et la personne en question est interdite de séjour en Arabie Saoudite) ! Tu as donc tout faux ! C'est pire que le téléphone cassé. Tu as entendu dire qu'elle sortait avec un musulman et tu as affabulé tout le reste !

Je suis très hostile à Murr et à Nayla Tuéni politiquement, mais ce n'est pas une raison pour accepter des attaques aussi indignes qui inventent des histoires d'asile psychiatrique, de conversion et de chirurgien sunnite.

Critique leurs actions et leurs idées au lieu d'inventer ou de relayer des fausses rumeurs.

Le rôle d'un journaliste n'est pas de propager des "supputations" sordides.

Même sur Internet, il y a des règles à respecter, et tu n'as pas à écrire toutes les rumeurs que ta concierge te raconte.

Ecrit par : Hanan | 10.11.2009

Le débat est clos sur ce post...

Ecrit par : Cédric | 10.11.2009

Le débat est clos sur ce post...

Ecrit par : Cédric | 10.11.2009

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