07.06.2009

Elections libanaises du 7 juin (revue de sites)

drapeau.JPG

L’attention (et la tension) de tous les libanophiles d’Europe sera ce week-end braquée sur le pays au cèdre. Qui a également l’habitude d’être braqué depuis l’Est (Syrie) et le Sud (Israël). Tant que ce n’est pas par de l’artillerie, ça ira. Que nos technocrates de Bruxelles nous pardonnent donc si nous suivons avec plus de passion cette échéance levantine cruciale pour l’avenir du Proche-Orient plutôt que l’élection de nos eurodéputés…

Ce matin pour aller voter, j’ai traversé le marché de ma paisible commune du sud de la France au son de l’accordéon d’un jeune Rom, mis en appétit par les effluves d'un poulet à la broche, le regard attiré par le soleil contenu dans les verres de blanc liquoreux que deux dégustateurs brandissait, à défaut de le trouver dans le ciel. Le citoyen libanais, lui, devra slalomer entre les barbelés et traverser une haie humaine de militaires : 50.000 déployés sur tout le pays ce 7 juin. Pas la même ambiance...

Ces cinquièmes élections législatives depuis la fin de la guerre civile de 1990 sont évidemment très commentées sur la toile, sous l’angle d’une possible victoire du groupement politique dirigé par le Hezbollah. Ce que saoudiens et égyptiens n’apprécieraient que modérément quand Iran et Syrie s’en féliciteraient. Les diplomaties etatsunienne et européennes ne cachent pas quand à elles leur préférence pour le Courant du Futur dirigé par Saad Hariri.

Pour comprendre rapidement les forces en présence, il faut remonter à l’assassinat du premier ministre libanais (et ami de Jacques Chirac) Rafic Hariri le 14 février 2005 qui contribua à polariser la vie politique libanaise en deux groupes : celui du "8 mars", comprenant le Hezbollah et Amal, réunissant d'autres acteurs pro-syriens du pays et un autre dit du "14 mars", composé de partis sunnites et chrétiens, qui réunirent 1 million de personnes en 2005 à Beyrouth pour protester contre la présence syrienne… On aurait aimé que le dicton « Si Mars vient en courroux, il deviendra trop doux » se vérifie. Mais on est au Liban.

Autour de ces deux pôles les alliances se sont dessinées puis décidées, au gré des interets de chacun, tel Michel Aoun qui en 2006 a signé un accord avec le Hezbollah, y voyant la possibilité de profiter de l'aspiration du parti chiite à la tête d'un gros peloton populaire et de doubler ses autres concurents chrétiens.

Quelques éclaircissements ne sont donc pas de trop pour démêler l’écheveau du jeu politique libanais avant que ne soit rendus demain les résultats de cette élection.

Les anglophones auront une approche détaillée de la position du Hezbollah grâce à Joseph Alagha, professeur assistant à l’Université de Nijmegen (Pays Bas) qui vient de publier une indispensable analyse intitulée Hizbullah and the 2009 Lebanese Election dans la revue de l’Institute for Security Studies. Bien plus détaillé que le papier du pourtant brillant Barah Mikhaïl qui se demande sur iloubnan Que veut le Hezbollah ? sans vraiment y répondre.


Iloubnan réunit en revanche un dossier complet sur les acteurs en présence. Parmi les onglets thématiques disposés sur un bandeau bleu qui courre en haut de la page d’accueil de ce dossier (en français), on trouvera notamment les textes de références et les partis politiques. Un bon travail synthétique de la journaliste Laurence Escorneboueu.

Contrairement à votre humble et débordé serviteur, le site libanews est allé crescendo, ces dernières semaines, dans la publication de posts sur le sujet. On peut également suivre un filet où l’info tombe en temps réel.


Last but not least le blog de l’universitaire américain Joshua Landis vaut le détour pour son approche plus géopolitique que locale. Les commentaires de ces posts sont également intéressant pour entrer dans le débat international car c’est un public avertit et varié qui fréquentent son blog…

On ne peut clôturer une telle revue de sites (comme il y a des revues de presse) sans laisser la parole à un grand monsieur du journalisme libanais assassiné peu après Rafiq Hariri, le 2 juin 2005 : Samir Kassir. Le propos est radical, mais le citer relève du devoir de mémoire tout autant que de celui de la pensée critique, qui doit pouvoir librement s’exercer dans le contexte libanais, si le pays veut affronter les défis de demain en évitant désormais toutes les erreurs de ses voisins du monde arabe. Et il se trouve que la conviction de Kassir correspond à la maxime de ce blog qui veut que les corps et les âmes se rencontrent plutôt que la politique et la religion, éternel cocktail détonnant :

«Si elle résulte d’abord du déficit démocratique, la montée de l’islam politique ne saurait être une réponse à l’impasse des Etats et des sociétés arabes. Résistance à l’oppression, elle naît aussi de l’échec de l’Etat moderne et de l’égalitarisme des idéologies du progrès et, en ce sens, s’apparente à la montée des fascismes en Europe […] Aussi, valider la prétention de l’islam politique à représenter une force de changement revient-il à accepter l’idée que le déficit démocratique sera pérenne et que le rendez-vous de la modernité continuera d’être râté. (Considérations sur le malheur arabe, Actes Sud/Sindbad, 2004)

Aux libanais de choisir, afin que leur pays devienne enfin une Nation.

 

TELEX: 52% de participation aux dernières nouvelles (soit à 19h00, heure de fermeture des bureaux de vote)

Ecrire un commentaire