29.01.2009

Le déserteur

dsc01440.jpgComme la terre sous les bombes,
Son bassin sous le mien tremblait,
Mais ici aucune hécatombe,
Seulement deux corps se fécondaient.

Quelques minutes, quelques secondes,
J’allais devoir me retirer,
Quand l’ennemi faisait claquer,
Ses bottes immondes sur le sol crevé.

Qu'il aille feraille enchevêtrer!
Maudit soit-il, ce déchainé!
Le seul territoire à occuper,
Est pour moi celui de la beauté.

Mieux qu’un bunker, j’avais trouvé,
Dans la moiteur d’un lit défait,
Dans la torpeur de cet été,
Un endroit où me réfugier,
Et rien ne pouvait m'y déloger.

Les lamelles des stores découpaient des ombres,
Qui rejoignaient la mort en nombre,
Sous les balles qui tombaient en trombes,
Des libanais vont à la tombe.

J’ai déserté la guerre du dehors,
De l’avoir fait, aucun remord,
Mon jour viendrait, je le savais,
Mais ce jour ci j’allais goûter,
L’éternité, la seule, la vraie.

25.01.2009

"La poésie pour quoi faire?" (blog de Pierre Assouline)

Un intermède avant de revenir une dernier fois sur la morne plaine de Gaza...

Sur le blog de Pierre Assouline, chroniqueur littéraire pour le journal Le Monde, un billet qui se pose la question : "La Poésie pour quoi faire?" (mis en ligne le 24 janvier). Question qui en effet tarabuste votre humble serviteur, formé aux sciences sociales, qui privilégient plutôt une sobre analyse du prosaïque... Et qu'à vrai dire nous nous sommes posée avec le Petit Khuya... En guise de réponse, Assouline renvoit aux séminaires que tiendra le poète français Jean-Michel Maulpoix, chaque mois à l’auditorium du Petit-Palais à Paris à partir du 28 janvier.

Mais il a aussi le mérite de citer largement la réponse que le poète libanais Khalil Gibran dans Le sable et l’écume et autres poèmes

17.01.2009

Petit khuya

Chez moi des flocons tombent en trombes,
Chez toi des bombes creusent des tombes.

Un grand vacarme dans tes prières,
Qui redescendent du ciel vers la terre,
C'est le prélude à ton enfer,

Contre le silence des cristaux,
Qui s'accumulent en blanc manteau,
Sur ma paisible ville d'eau.

Dans la neige s'enfoncent mes pas,
Au moment même où s'empare de toi,
Un froid terrible, de haut en bas.

Miséricorde du Tout-Puissant,
Sur mon ciel d'où Son nom est absent,
Et châtiments pour toi mon enfant,
Malgré tes prières, inlassablement...

Mais tends bien l'oreille, tu entendras,
As saouti jamila
Du'a de Faten et Sanaa,
Et des millions d'autres, tapis de voix,

Transportent ton corps, hors des gravats,
Ou des tunnels de Rafah,
Et t'accompagnent, fisabi'lillah,
Comme l'on dit, de par là-bas.

Tends bien l'oreille, petit khuya!
Car ni Hamas, ni Fatah
Ne réchaufferont ton coeur comme ça,
Qu'il ait cessé de battre ou pas.

08.01.2009

Roquettes depuis le Sud-Liban

Avec ces précédentes ''revues de sites d'information'' portant sur l'attaque israëlienne de Gaza, nous pensions dévier quelque peu de notre contexte libanais.

Mais le conflit vient de s'inviter ce matin dans le pays au Cèdre. Des roquettes ont été lancées depuis le Sud-Liban sur un territoire occupé par les israëliens, en réponses aux victimes palestiniennes de l'offensive de Tsahal. Ce serait d'ailleurs depuis les camps de réfugiés palestiniens au Liban qu'elles seraient parties.

Pour l'instant la FINUL, le gouvernement libanais, le Hezbollah et Israël semblent maintenir un relatif équilibre qui pourrait permettre d'éviter un scénario bis repetita façon été 2006...

Une nouvelle guerre comme celle qu'a connu le Liban il y a 2 ans et demi serait catastrophique pour le pays et l'ensemble de la région.

On est nécessairement pris par ce sentiment un brin contradictoire de compassion vis-à-vis de la souffrance des familles palestiniennes et la volonté de ne pas voir le conflit s’étendre au Liban, créant un nouveau “été 2006″. C’est une situation moralement assez inconfortable…

06.01.2009

Attaque sur Gaza (2)

L’actualité exige donc que la politique perce temporairement au milieu de la littérature et de la poésie, préoccupations principales de ce blog. Nous poursuivons donc notre revue des sites (comme il existe des revues de presse) qui traitent du conflit entre Israël et le Hamas à Gaza.

L’offensive israélienne sur Gaza est donc passée du ciel (bombardements depuis le 27 décembre 2008) à la terre (incursion à Gaza depuis samedi 3 janvier 2009), empruntant le même sens vertical qu’une révélation. Mais cette descente (tanzîl en arabe) n’a évidemment pas pour but de féconder. Plutôt d’instaurer le chaos. Le souffle divin (ar ruh) que révèrent les palestiniens est remplacé par le souffle fétide des machines de guerres.

C’est ce qui se dégage de la lecture des sites d’informations en ligne ou des blogs spécialisés présentés dans ce deuxième post qui, précisons-le, sont signés par des universitaires ou des journalistes, quelle que soit la teneur militante qui peut s’en dégager. Je suis de ceux qui pensent que l’objectivité n’existe pas, ni même la neutralité, puisse t-elle se cacher sous une rhétorique compassée…

Commençons par un lien qui entre en résonnance avec la thématique du présent blog. On consultera celui de la jeune géographe Bénédicte Tratnjek http://geographie-ville-en-guerre.blogspot.com/ en guise de préambule à la physionomie de la ville en guerre. Elle compare particulièrement Abidjan, Beyrouth et Mitrovica). Gaza pourrait y être ajouté comme exemple paroxystique...

Un article du monde posté aujourd’hui même tente un décompte du nombre de victime depuis le 27 décembre et donne un certain nombre de lien parmi lesquels on relèvera particulièrement le Palestinian Center for Human Rights http://www.pchrgaza.org/index.html

L’auteur du blog Nouvelles d’Orient Alain Gresh (journaliste au Monde Diplomatique), dont nous signalions le premier post ici, rempile au moment de la décision israélienne de passer à l’offensive terrestre. Dans la suite de son premier article, il l’intitule Gaza, "choc et l’effroi" (II)

Elle aussi collaboratrice au Monde Diplomatique, Mona Chollet produit comme a son habitude un article fouillé intitulé sans ambigüité Construire l’Ennemi. Le site où il est publié peut-être classé dans la gauche intellectuelle au cœur de tous les débats depuis sa création en décembre 1997 dans lequel elle a écrit quelques articles sur le monde arabe, et notamment ses penseurs contemporains (Edward Saïd notamment).

Hier, le thème de l’émission de C dans l’air (France 5) portait sur Israël-Hamas : jusqu’au bout. La vidéo est disponible ici.

Le journaliste Yves Calvi avait invité trois spécialistes de la géopolitique internationale et un éditorialiste.
S’il fallait rapidement résumer les débats, je dirais que pour Pierre Servent (ancien militaire, journaliste) et Christophe Barbier (redacteur en chef du journal Le Point), à peu près tout peut justifier l’éradication du Hamas, à quelques nuances près...

Gérard Chaliand (universitaire, spécialiste des conflits et guerres dans le monde) n’est pas tout à fait dans la ligne de son maître, le grand arabisant Maxime Rodinson (mort en 2004). De celui-ci on devrait d’ailleurs relire l’article publié en 1967 (année de la guerre des Six jours) dans le numéro 253 bis de la revue Les Temps Moderne sur "Le conflit israëlo-arabe" où il tente de répondre à la question Israël, fait colonial ? L’article est un modèle d’analyse historico-critique et de croisement des données… Son élève, donc, présent sur le plateau d’Yves Calvi, n’est pas forcément enclin à une critique aussi vive de l’Etat juif que Rodinson mais relève quand même les graves incohérences israéliennes. Comme celle qui consiste à se dire favorable à la création d’un Etat palestinien pour faire plaisir à la communauté internationale mais tout faire pour que les conditions ne soient pas réunies.

Pascal Boniface quand à lui ne cède pas aux accusations ridicules de fébrilité vis-à-vis du terrorisme et argumente, met en perspective, pour dénoncer le caractère disproportionné et injustifié de l’attaque.

Opinion que ne partage pas l’intellectuel André Glucksmann dans un billet en accès libre sur le site du journal Le Monde.

Mais en libanophile, c'est à Dominique Eddé que nous donnerons le dernier mot dans son face à face avec le précédent, à quelques jours d'intervalle, dans cette même rubrique "Opinions" du quotidien français.

Enfin, dans la masse de publications disponibles, terminons par le l'examen de la situation que propose l'observateur de l’ONU Richard Falk, rapporteur pour les Droits Humains dans les territoires palestiniens.

PS: J'oubliais une source essentielle: ce blog vibrant d'une mère palestinienne: http://a-mother-from-gaza.blogspot.com/




Toutes les notes