28.12.2008

Ode à Symmaque l’antique

Symmaque l'antique demandait du respect
Pour ses rites païens, dussait-il s'opposer,
Au souverain romain, qui voulait imposer
Foi chrétienne comme sienne, à tous ses sujets.

« Ô Princes excellents, Pères de la Patrie
Respectez mes années !
C’est la piété des rites qui m’y a améné »
Ainsi s’enflammait, le trop fier lettré,
Sans crainte de finir, au bûcher ravagé
Par les flammes de l’enfer, qui se prétendent sacrées.

Et c’est par cette salve, que devait passer,
La chrétienne tolérance,
Qui allait tant d’années,
Voir le sang couler, avant d’accoucher.

Ô Symmaque l’antique
Rome a basculé,
Vers un nouveau viatique
Vérité révélée

Mais de là où nous sommes,
Dix-Sept siècles te contemplent,
Et si aujourd’hui cohabitent,
Eglises, Mosquées et Temples,
Tu as certes le crédit,
De celui le premier,
Qui se leva et dit, à toute l’humanité:
« Les mêmes astres sont sous nos yeux,
Le ciel nous est commun,
C’est le même univers qui nous entoure tous.
Qu’importe la sagesse, par où chercher le Vrai !
On ne peut parvenir, par une seule voie, à un si grand secret. »


NOTE : Qu'est-ce qu'une ode à un homme politique romain du IVe siècle peut bien venir faire sur ce blog consacré au Liban? C'est simple. Le Liban compte dix-huit communautés ethnico-religieuses (la validité de ce terme serait à discuter longuement mais ce n'est pas ici le lieu) qui se sont plus affrontés ces vingt dernières années que tout au long de leur cohabitation au Levant. Et l'homme dont il est question dans ce poème a écrit l'une des plus belles suppliques de tolérance, à mon sens, de l'histoire politique et littéraire. Tout en élégance. Sans vouloir faire pleurer qui que ce soit. La subtilité est rétive à toute acrimonie (c'est dire si les émissions larmoyantes de Jean-Luc Delarue manquent de subtilité...)

Son message est celui d'un préfet païen de l'empire Romain du IVème siècle au moment où le christianisme s'affirme sans éviter la répression. Tous les dirigeants des mouvements politico-religieux libanais devraient l'avoir sous les yeux à chaque tentation totalitaire, fussent-ils rebutés par la forme de la religion païenne à laquelle appartient l’auteur du texte. Car ce qui compte ce n’est pas tant l’affiliation spirituelle de l’homme que l’universalité de son message.

C’est pourquoi toute "bourgeoise" et conventionnelle que m’apparaisse la forme de l’Ode je m’y suis quand même essayé ici-même. Je me risque donc à ce genre d'exercice apologétique. Et à dire vrai je me sens plus à l'aise d'écrire la beauté des femmes du Liban et d'ailleurs. Mais il fallait essayer…

Les extraits de Symmaque contenus dans l'Ode sont tirés de sa Relatio à Valentinien (II, 384). Je retranscrirai bientôt le texte dans son intégralité.

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