20.10.2008
En haut du minaret...
(à F.)
NB: Nous rappellons qu'après le récit des "10jours", la plupart des billets sont des poèmes ou des créations littéraires (ou qui se veulent telles en tout cas) et non des récits autobiographiques ou carnets de voyages...
Perchée tout en haut d'un minaret, devais-je l'y déloger? Escalader l'édifice sacré eût été sacrilège et la shahada me manquait pour y pénétrer par la grande porte et entrainer ma pesante ombre amoureuse sous les arcs pleins cintres de la majestueuse masjid. Mais malgré l'immense distance -moi cloué au sol, elle, plus proche des cieux- nos regards s'étaient stoppés l'un sur l'autre après de multiples courbes en arabesques. Le précédent de Roméo me fit penser que je pouvais, de ma ferveur, décrocher tout là-haut son cœur. D'ailleurs, comme Juliette, son amour était incliné sur moi ("comme un saule sur les eaux qu'il chérit", Ronsard). Mille preuves m'en avait été données. Mais alors... qu'est-ce qu'il manquait, afin qu'elle ne descende comme je pourrais monter, afin que corps et âmes nous soyons enlacés?

Une Loi la figeait que je ne saurais expliquer. Dieu pouvait-il lui insuffler l'amour d'un homme puis lui en interdire sa réalisation ? N'est-il pas Le Miséricordieux? Et l'amour n'étant pas une faute... La raison, le cœur et la religion se retrouvaient donc mêlés dans une intrication morale et amoureuse qui en désorienterait plus d'un. Mon Orient était-il orienté vers la qibla?
Je ne souffrais ni engourdissement ni dessèchement: le soleil de la méditerranée avait beau me frapper, j'étais à l'ombre de son amour projeté dans le prolongement du minaret. J'ai suivi cette ombre comme Thalès mesurant sa pyramide par des moyens détournés. Arrivé à la pointe, je me retournais. En haut de l'édifice aucune corde ne pendait, ni aucun pont n'était jeté. Il fallait s'en aller le plus noblement possible.
Des deux Lois (celle du cœur, celle des conventions sociales) elle avait fait son choix. "A contre-cœur" comme les grains de sable qu'elle avait lâché de son poignet étaient venus me le susurrer, en volatiles messagers de ses regrets.
Y avait-il lieu que le sentiment amoureux entre en compétition avec la confession?
22:33 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mosquée, minaret, conversion, amour, confession, loi, renoncement
18.10.2008
D'entre les Saints
Je reprends ici le poème intégré dans la note, "Jours 2eme et 3eme" des 10joursabeyrouth:
(Poème évangélique pour Nada)
Les victoires évangéliques, les millions d’hommes pieux,
Les immenses cathédrales qui tutoient le royaume des cieux ;
Tout cela était bien peu…
Quelle plus belle conquête pour un prophète,
Que de voir son icône suspendue au cou d’une coquette ?
Et d’être ballotée à la lisière de ses deux seins,
Qui ne sont ni Saint Paul, ni Saint Augustin.
Image pieuse et licencieuse à la fois :
Caressant son décolleté, la grande croix,
Suscitait plus désir de pécher
Qu’elle ne le contenait.
Mon Dieu, tu me pardonneras…
Si je n’ai d’yeux que pour elle,
C’est aussi une preuve de foi.
14:46 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, liban, christianisme, séduction
11.10.2008
Le Liban à Malagar avec Salah Stétié
Le 13 septembre dernier, je vous annonçais les 5eme Rendez-Vous de la Francophonie organisés par le Centre François Mauriac de Malagar (près de Langon, en Gironde). Ils se sont tenus le 4 octobre dernier. Probablement récompensé pour sa piété, l'ancien propriétaire des lieux à obtenu la clémence du ciel au-dessus du splendide panorama qui vit naître tant de ses romans et Bloc-notes...
A l'heure où les premiers invités arrivaient, une aube rosée flattait encore les vignes qui entourent le domaine. Un tapis de feuilles de chênes les accueillaient jusqu'à la grange rénovée où se tiendraient les débats.
Privilège fut rendu à l'ambassadeur Salah Stétié d'ouvrir la journée. Octogénaire bon pied bon oeil, sa parole est un flot tranquille que les remous des considérations politiques perturbent à peine. On ne peut s'empêcher de penser que c'est l'âme du poète qui apaise celle du diplomate et non l'inverse. Car Salah Stétié en est un de premier plan. Il a cotoyé Jouve, Mandiargues, Ungaretti, Bonnefoy et d'autres grands noms de la poésie française contemporaine. Au sommet de la francophonie libanaise, sa maîtrise de la langue pourrait rendre jaloux ses plus illustres représentants, à l'instar de Nabokov écrivant et s'exprimant dans un anglais qui en fait un descendant de Shakespeare autant que de Tolstoï... L'Académie Française lui a d'ailleurs décerné en 1995 le Grand Prix de la Francophonie. Son parcours de diplomate est évidemment passé par Paris, où il fût également délégué permanent à l'UNESCO, puis par le Maroc où il fût ambassadeur ainsi que La Haye, aux Pays-Bas. Il fût dans son pays secrétaire général du Ministère des Affaires Etrangères.
Celui qui "peut ne pas grasseyer (rouler les r avec le bout de la langue) mais ne le fait pas" a livré un hymne à la langue française. sur le thème "Arabité et Francité, l'indispensable dialogue". On ne partagera pas, simplement, son idée à la Wilhelm von Humboldt (ça date) que langue imprime une "structure mentale spécifique", que l'identité est comme liée à la langue. Que la langue soit pour des groupes d'individus le critère majeur d'une distinction politique et géographique ne signifie pas que la structure grammaticale et syntaxique de celle-ci dirige leurs consciences. Mais entrer dans des considérations ethnolinguistiques nous amènerait dans d'autres sphères...

Sur le fond de son intervention, nous avons apprécié comment littérature et poésie -disons la culture- sont les conditions d'une réflexion politique. Et comment elles peuvent se mêler et s'opposer, car comme Saïd le pensait, celle-ci n'est pas nécessairement le véhicule de celle-là. Peut-être réussirons-nous à récupérer le long texte à la base de son intervention. En attendant, écoutons sa réponse à une question de votre humble serviteur qui, précisément, utilisant moyen heuristique de la comparaison, cherche à savoir au final comment culture et politique ont pu se rencontrer sans trop de heurts dans le cas franco-libanais, au point de produire une si éclatante et durable francophilie-francophonie comme l'ambassadeur Stétié -qui a grandit dans un milieu sunnite pratiquant et libéral- en est l'illustration:
10joursabeyrouth: "Vous avez déjà effleuré quelques éléments de réponses à la question que je souhaite vous poser, mais souvent les libanais à qui je la pose se retrouvent un peu "couillonés" comme on dit chez nous (ça c'est mon souci de familiariser monsieur l'ambassadeur avec nos gasconnades...). Vous avez évoqué le mandat français au Liban confié par la SDN en 1920 et parallèlement, celui des Anglais en Palestine, en Irak et en Egypte... Pourquoi, dans le cas anglais, cette présence a donné lieu a un mouvement anti-occidental qui produit encore ses effets: je veux parler de l'avènement en 1928 des Frères Musulmans (pour des raisons que l'on peut parfaitement comprendre du reste...), et surtout de ses branches dissidentes telles que Sayid Qutb ou la Gama'a Islamyia (qui a depuis déposé les armes...), alors que d'un autre côté, on a le développement d'une extraordinaire francophilie? Cela suscite d'autant plus le questionnement pour qui est formé à l'anthropologie que le systême colonial anglais était réputé "plus souple" que le français, par le biais de l'"indirect rule", quand les colonialistes hexagonaux usaient du mode d'administration façon "direct rule"...
Salah Stétié: "Effectivement, dans la mesure ou un pays impose sa domination à un autre pays, il est refusé. Cela dit, une fois que les contentieux ont cessé avec les pays anciennement colonisés, anciennement dominés, la présence française est restée, et je dirais même qu'elle s'est renforcée. Elle s'est renforcée au Liban et aujourd'hui, la Syrie est demandeuse. La culture française reste malgré tout présente en Algérie, également, et les écrivains algériens de langue française sont des écrivains déterminants. Même chose au Maroc, même chose en Tunisie. Le problème que pose notre ami est un vrai problème. En effet, pourquoi la France est donc restée et pourquoi l'Angleterre n'est pas restée? Non seulement elle n'est pas restée, mais partout où elle est passée, elle a créé une situation dramatique sur le terrain. La Palestine; qui depuis 60 ans que les anglais sont partis est un pays martyr, Chypre; coupé en deux, le Zimbabwe (ex-rhodésie); l'Irlande et même l'Inde; où les anglais sont restés 300 ans [suite inaudible]. Eh bien... les anglais ne se mélangent pas! Les anglais vont dans un pays avec leur "cup of tea". Il y a un vers de Chesterton qui définit un peu cet état des choses. Il écrit en 1910 -l'époque coloniale était alors à son apogée- donnant cette définition de la terre: "La terre est un lieu où se trouve l'Angleterre" (rires dans la salle). Les Français se mélangent davantage, et, de ce fait, malgré tout, ils laissent une nostalgie au moment où ils partent, qui se traduit par une volonté -fut-elle relative- d'adhérer à leur mode de vie politique par exemple. La Constitution libanaise est copiée sur la Constitution de la IIIeme République. Mais ce que l'on sait moins, c'est que la Constitution syrienne également est copiée sur la Constitution française. Cela fait une grande différence, n'est-ce pas. La culture anglaise est une très grande culture, mais elle n'est pas aussi spontanément partageable que la culture française. (à l'assistance) Vous en êtes la preuve vivante (applaudissements)."
Magister dixit ;-)
09:32 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : stétié, malagar, mauriac, littérature, poésie, politique, liban
04.10.2008
As sauti jamila
Sont-ce des anges qui jouent de l'harpe dans sa voix?
Ou du Paradis que cet écho s'en va?
Faisant vibrer l'Erèbe,
Quoiqu'à des années lumières de l'enfer,
Faisant vibrer les rêves,
Une fois percée la stratosphère,
As sauti jamila
Quand ce chant sacré parvient à moi,
As sauti jamila
Masha'Allah, masha je-ne-sais-quoi,
As sauti jamila
Ses doigts se posent sur son diaphragme,
Autour d'elle et à Beyrouth, plus de vacarme,
As sauti jamila
On dit même qu'à Saninne ils ont déposé les armes,
Que sur le sol meurtri coulent de joyeuses larmes,
As sauti jamila
Echo d'ar ruh après que Dieu au monde l'insuffla,
As sauti jamila
Douce musique toujours en moi...
(à C.A.J; sacrée chanteuse de chants sacrés, et Tamirace Fakhoury; poétesse qui ruine la guerre de ses vers...)
22:43 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voix, chant, ange, tamirace, cynthia, beyrouth





