22.09.2008

Sébastien Japrisot et les femmes

Il y a quelques posts, j'évoquais Eric Laurrent comme auteur à femmes (comme il y a des hommes à femmes...). Dans cette catégorie figure aussi Sebastien Japrisot et Rainer Maria Rilke (dont je vous parlerai plus tard) tout en haut de mon panthéon personnel.

Dans La passion des femmes (folio, 1986), un japrisonnier de ses multiples conquêtes termine sa vie gisant sur le sable, une blessure mortelle en pleine poitrine. Ce n'est pas spécifiquement l'une de ses aventures qui l'a conduit à cette fin mais les intrications de celles-ci.

D'emblée le roman vous prend aux tripes. Peut-être parce qu'il commence par la mise en mot des derniers instants de la vie d'un homme qui a aimé (c'est ce que Léotard voulait que l'on écrive sur sa tombe: "Il a aimé." Rideau.) Et celui qui a aimé veut être accompagné jusqu'au seuil de son sommeil éternel par les femmes qui ont jalonné sa vie. Avec -je trouverais cela encore plus beau- la récurrence du visage de son épouse. Mieux: la surimpression du visage de celle-ci sur toutes les autres...

Japrisot (de son vrai nom Jean-Baptiste Rossi), marseillais à forte tête qui manqua de flinguer son éditeur a reçu son premier prix littéraire à l'âge de 17 ans par un jury qui comprenait Sartre, Triolet ou encore Aragon. Les succès s'enchainèrent au point qu'il devint l'un des écrivains français les plus lu à l'étranger, jusqu'après sa mort en 2003.

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En outre, tous ses romans ont été adaptés au cinéma. Il a même fait une courte infidélité au monde du livre pour écrire uniquement des scénarii avant de revenir à la littérature. On le connaît plus récemment pour avoir été l'auteur de l'œuvre dont est tiré "Un long dimanche de fiançaille", adapté au cinéma en 2003 par Jean Pierre Jeunet, avec Audrey Tautou et Gaspard Ulliel (bien plus émouvant que dans Jacquou le Croquant) dans le rôle des amoureux séparés par la Grande Guerre, période récurrente dans l'œuvre de Japrisot.

Le passage de La passion des femmes que je voulais vous livrer est pour moi l'un des plus beaux hommages que l'on puisse rendre à celles-ci: penser à elles quand le souffle de la mort vous emporte:

"Et puis, juste comme il s'installe dans le futur pour y exercer son imagination redoutable, ce jeune homme aventureux sent passer sur lui un parfum de lauriers-roses, il entend un rire, et brusquement la vision oubliée le traverse à nouveau, lumineuse comme la première fois, si apaisante, si réelle qu'il est bien obligé de croire à un signe du ciel. Une jeune fille aux cheveux clairs, habillée de mousseline blanche, fond sur lui dans un grand souffle, juchée sur une balançoire, bras et jambes nus, visage ensoleillée, confondante de bonheur. Et quand, au bout de son envol, elle plonge en arrière et s'éloigne, une autre surgit, traversant la splendeur de l'été, sensuelle comme une bohémienne, les yeux les plus noirs, le cœur le plus chaud, et elle passe et disparaît à son tour pour qu'une troisième aussitôt la remplace, cambrure de marquise et minois effronté, emportant dans la turbulence de ses jupons le goût de miel des lauriers-roses. Et lui, dont le cœur bat plus lourd à chaque fois, il en compte quatre, il en compte cinq, et s'extasie d'un corsage ouvert sur un sein doré, ou de l'éclat d'une chair entrevue au-dessus d'un bas de soie, et il pourrait en compter six, sept, dix, allant et venant sur une balançoire, sans que s'efface aucune, sans qu'il puisse jamais oublier la première, son cou de cygne, la souplesse émouvante de sa taille ni l'or de son regard."

Commentaires

Vaut mieux avoir séduit plusieurs fois une même femme qu'une fois plusieurs femmes !

Une âme ne peut être attendrie par le bonheur d'être aimé et d'avoir aimé un amour qui pouvait être la consolation dans la tristesse et la force dans la faiblesse.

N'était-il pas meilleur d'être épris sous les rayonnements d'un seul amour brûlant et éternel pendant le souffle de la mort ?

Ecrit par : Anonyme | 24.09.2008

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