11.08.2008

Jusqu'à quand? (poème géniteur)

Emotions et mots fusent,
Emophile
Le sang coule le sang file,
Linéament
De l'amour et de l'amant
Se distend et se retend
Au gré du vent et de l'argent,
Du cours du brut et du diamant.

Un jour y penser sérieusement,
Mais pour l'instant laisser le temps...
Surseoir l'engagement jusqu'à quand?
Jusqu'au bord du néant?

Enfin survient l'enfant,
Et s'efface le poids des ans.
Du haut du ciel observe Adam:
"Il était temps, cher descendant!"

09.08.2008

Sur le terreau de dahiye

Pas de doute, c'est bien en dahiye que nous allions être déposé avec cet autobus qui slalom cahin-caha dans le joyeux bordel de la circulation beyrouthine. C’est un vieux fourgon Mitsubishi aux garnitures de portières décharnées, aux vitres noires de crasse, sans climatiseur, et affublé d’un morceau de carton découpé et déposé négligemment sur le pare-brise. Il indique le chiffre 4... Ceux-là sont généralement bien plus dégradés que ceux qui desservent la ligne numéro 2 traversant Achrafyeh. Qui en compte des spécimens flambants neufs. Où les limites territoriales de l’engagement de l’"Etat" libanais…

Au moins, le chauffeur n'essaierait pas, voyant ma tronche de blanc-bec, de me soutirer entre 2 et 4 fois plus que le prix de la course qu'il facture à un libanais lambda, comme s'y ingénient leurs collègues des mal-nommés service, ces vieux taxi mercedes qui participent ô combien au noircissement des façades de la ville.

Le bus numéro 4 roule donc à tombeau ouvert en direction de l’antre chiite. Connu sous l'appellation polysémique de dahiye (originellement nommé hizam al-bu'ss ou "ceinture de la misère"), elle a pris la forme d'une zone dense de relégation et de contestation peuplée d'environ 500.000 habitants, soit 1/3 du Grand-Beyrouth. La dahye, qui abrite les camps de réfugiés palestiniens depuis 1948 a été affligée par plusieurs incursions meurtrières au premier rang desquelles le massacre de Sabra et Chatila, et plus récemment les bombardements de l'été 2006, qui ont causé d'importants dégâts. Le Hezbollah les a colmaté avec une rapidité epoustoufflante, à grand coup (coût) de pétro-dinnar convertis en dollars et en livres libanaises...

SUITE ET FIN

Eric Laurrent et les femmes

Eric Laurrent compte parmi les écrivains français contemporains qui parlent le mieux des femmes et des sentiments qu'elles peuvent susciter chez un homme. Un simple geste, un sourire, une interaction éphémères semblent s'imprimer de manière indélébile dans son complexe hypothalamo-hypophysaire (le siège des émotions), avant que sa plume proustienne ne vienne les déloger pour les projeter sur le papier. La poétique de Laurrent s'appuie sur une ethnographie de la séduction. Pour être capable de disséquer la séduction, il faut non seulement être séduit, mais séduire (pas forcément dans sons sens étymologique de seduccere: mettre sous le joug de...). Ce qui fait la précision, la densité des images qu'il fixe dans ses romans est aussi ce qui provoque parfois une petite gêne: la vie sentimentale de l'auteur perce derrière cette Renaissance italienne (Editions de Minuit, 2007), qui est la sienne. Mais peut-être que le prix à payer pour décrire avec tant de finesse le ballet des passions entre un homme et une femme est précisément l'étalage biographique (la mise en fiction n'étant qu'une fiction)...

Voici par exemple comment le surgissement d'une femme dans une assemblée soporifique (quoique bruyante) est décrite:

"Les conversations, les rires, la musique, tout se mêla bientôt en moi en un brouhaha confus, qui s'étoufferait peu à peu, tandis que sous mes yeux les êtres et les choses, les formes et les couleurs, s'estomperaient. Au mépris des convenances, je m'apprêtais à clore les paupières, quand celles-ci s'écarquillèrent tout à coup, et, dans un brusque sursaut, ma tête se redressa. Comme si une trouée de lumière venait de crever le rideau sur l'arrière-fond duquel évoluait ce théâtre d'ombres à quoi le monde s'était peu à peu réduit devant moi, une tâche colorée, très vive, presque éblouissante, venait de frapper le regard - c'était le visage de Yalda Apanada, arrivée dans la soirée sans que je m'en fusse aperçu. Durant une fraction de seconde, cependant, je ne l'identifiai pas comme le sien, quoiqu'il se présentât à moi avec une netteté parfaite, quasi eidétique: par un étrange phénomène, il venait au contraire de m'apparaître comme un visage neuf, que je voyais pour la première fois, comme si sa puissance d'irradiation avait été plus prompte que la mise en branle de ma mémoire - c'est l'éclat de sa beauté que j'avais en premier lieu avant même que de le connaître."

Soit dit en passant, cette description me convainc pour ma part de vous compter dans un prochain post (après avoir complété "L'ouvrier syrien et la robe à 4000 dollars") ce moment si particulier que fût la rencontre de Christia, en juillet dernier, au coeur de la dahyeh, le quartier populaire à majorité chiite de Beyrouth...

En lisant Laurrent, les pisse-froids se gausseront peut-être de l'emphase, de la parabole, de la longueur des incises et des parenthèses, de l'imparfait du subjonctif récurrent... tout un dispositif XVIIIe que ceux-ci qualifieront d'ampoulé parce qu'ils n'ont pas de style. Ou celui, froid comme le métal, des plus mauvais auteur des Editions de Minuit où est publié Laurrent justement.

On leur accordera tout de même le caractère inutile de quelques agglutinations interminables. Par exemple, un échange biographique entre Yalda et le narrateur qui s'étend de la page 87 à 89 (et vaut hommage au beau langage) gagnerait à trouver quelques respirations. Il n'est en effet ponctué d'aucun point... Qu'importe, c'est par un style audacieux qu'est ponctué le dernier roman de Laurrent.

Métisse et Gauguin

Europe et Orient dans sa complexion,
Béni soit l’alchimie des migrations !
Offre au regard, du Métisse et du Gauguin,
Offre bien plus à mes deux mains...

Inspiration manquante

J'ai quitté le Liban chers amis, et immanquablement, l'inspiration se tarit.

Toutes les notes