31.07.2008
Sur le marché de ton coeur (poème économique)
Une parcelle de béton,
Flux tendu d’émotions.
Un brin de maladresse,
Un lot de confusions
Ce que j’ai à t’offrir,
Me vaut compétition
Sur le marché de ton cœur,
D’autres avancent leurs pions.
Puis-je contrer la valeur
De toutes leurs stock-options ?
Culture, langage, biftons,
Carnet de relations…
J’ai placé mes actions,
Il y a si longtemps
Sur le marché de ton cœur,
Je m’efface lentement…
Dois-je attendre un retour
Sur mon investissement ?
Et aller à rebours,
De toutes les prévisions.
Ou tout vendre à présent,
Et laisser tranquillement
Sur le marché de ton cœur
Reprendre les transactions ?
Commentaire formel:
Vers sexasyllabiques ponctués par la récurrence "Sur le marché de ton coeur", hexasyllabe positionné en avant dernier vers de chaque strophe, close par un retour au sexasyllabe.
Commentaire sociologique:
Un poème qu'une relation révolue m'avait inspiré, mais qui vaut aussi dans le contexte libanais, où les femmes belles et financièrement indépendantes ou issues de familles aisées (ce qui est le cas de nombreuses jeunes femmes de la capitale) cherchent les "produits" les plus attractifs sur le marché de la séduction libérale.
Un fait que la pensée féministe préfère ignorer: l'homme peut aussi souffrir du changement des rapports de genre dans la société moderne. Il se peut trouver en situation de domination: à qualification équivalente, le capital corporel de madame l'emporte. On nous opposera à juste titre que ce ne sont là que les effets de critères masculins imposés au corps de la femme, qui, finalement, se retournent contre une certaine catégorie d'hommes. Tout cela mériterait des développements que nous avons pas le loisir d'entamer ici. Simplement, le paradigme de la domination masculine montre ses limites.
Houellebecq développe cette analogie économie-séduction (ou plutôt sexualité, dans son cas) avec constance dans "Extension du domaine de la lutte" (1994): "Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société." Et de préciser que son personnage principal est un gagnant sur le plan économique, mais un perdant sur le plan sexuel. L'inverse est peut-être tout aussi douloureux...
Extrapolation philosophique:
Ne tenons-nous pas ici un bon sujet de bac, fût-il subversif? Par exemple: "L'homme qui jouit est-il plus proche du bonheur que l'homme qui spécule?" Ou encore: "Mieux vaut-il être affligé de l'absence de sexualité ou de l'absence d'argent? Vous illustrerez par des exemples biographiques." Philosophie option vie...
22:50 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
29.07.2008
Conversion par corps
Première incursion de la fiction dans ce blog. Ces quelques lignes à Faten, ma plus fidèle lectrice...
Comment Adam avait-il bien pu passer d’un agnosticisme anticlérical à un chiisme observant, cultuellement comme culturellement ?
C’était le jour de l’Achoura. Quand il arrivait sur la place marat er rahya, cœur du quartier chiite de Beyrouth, l’effervescence rituelle commençait déjà à mouvoir les corps plus rapidement qu’a l’accoutumée. Les plus avancés des pratiquants n’approchaient pas encore le stade de la transe.
Il aperçu dans la foule Sayifedin, le père de Nour. Et elle ne devait pas être bien loin, malgré la séparation des sexes en vigueur pour ce genre de rassemblement, car son caractère fougueux l’avait toujours porté à contester ces limites sexuées. Le peu de résistance qu’il lui restait s’évaporait : Adam longea sur une cinquantaine de mètres, avec véhémence, la barrière qui séparait les spectateurs des acteurs du rite. Son regard était si sombre -de celui qui se prépare à communiquer avec l’au-delà- que le service de sécurité de la milice chiite ne chercha même pas à le contrôler, malgré sa couleur de peau, mêlée de coups de soleils rougeâtre épars et d’albâtre (c’était tout de même celles du drapeau national !). A peine entré dans l’arène qui commençait tout juste à s’agiter, il ôta d’un geste ample et superbe le t-shirt blanc imbibé de sueur qui dessinait les contours de son torse. Saillants, ses deltoïdes ultra-tendus se déployaient jusqu’en haut de son cou. Ses biceps forgés par sa catharsis hebdomadaire au sac de frappe étaient tout à la fois volumineux et secs. Seuls ses pectoraux ne rivalisaient pas avec ceux de ses massifs coreligionnaires dont les plus impressionnants spécimens rappelaient l’haltérophile iraniens Reza Zade. Mais son bassin épais et puissant ainsi que ses muscles dorsaux qui se contractaient dans le prolongement de son bassin taillé en V, dessinaient un contraste du plus bel effet, qui d’emblée le légitimait au milieu des hommes forts, au milieu du rite… Mieux, les regards se posaient avec insistance sur sa quête de la transe.

Après les premiers coups massifs de chaine d’amarrage qu’Adam s’infligeait, le père de Nour remarquait sa présence. Autour de lui, d’autres avaient choisi de tapoter la tranche d’une épée ou d’une dague sur leur crâne, ou de se flageller avec quelques branchages. Bien que douloureuse, ces pratiques ne lui procureraient pas le matraquage massif que son corps requérait à ce moment de sa vie.
Il ne pouvait déjà plus porter son attention que sur son proche entourage… Son geste se fit progressivement plus brutal, et c’est avec une vigueur herculéenne qu’il produisait la force centrifuge avec laquelle la chaine s’abattait sur son dos, en passant par-dessus son épaule. Ses muscles dorsaux encaissaient les chocs les uns après les autres. Seule sa chaire ne suivait pas l’effort de résistance. La zone de frappe devenait un volcan duquel jaillissait des gerbes de sang. Le père de Nour voulu un temps aller lui retirer la chaine des mains, mais devant la puissance que la scène dégageait, il se ravisait. Lui, l’ancien commandant durant les guerres de 1976 à 1991, puis celle de l'été 2006, commençait alors à éprouver un respect d’une toute autre nature pour l’amoureux de sa fille qu’il avait éconduit.
La douleur qu’Adam éprouvait était plus supportable que celle infligée par Nour, contrainte de se refuser à lui sous la pression parentale. Sa mémoire avait gravé cet étalon comparatif dans son cœur : la douleur du rejet amoureux contre toutes les autres. Il continuait donc de plus belle à s’affliger le corps de coups de chaines. Seul ce moment rituel intense pouvait normaliser, ou plutôt socialiser son désir d’automutilation. En dehors de cela, son geste lui aurait valu d'être interné...
Cet acte valait conversion à la religion du père. La religion du père de la bien aimée. Ensuite seulement, la religion de la bien aimée, fût-elle la même. Il fallait en passer par là pour accéder à celle qu’il chérissait. Adam l’avait fait avec cette générosité débordante qui le caractérise. Et une bonne foi que son regard franc n’autorisait personne à mettre en doute.
A la fin du sanguinolent exercice, Sayfedin fendait la foule qui s’était agglutinée autour d’Adam pour lui asperger le corps d’eau et lui tendre des linges propres. Il voulait se porter à son chevet. Quelle victoire pour Adam ! Celui qui l’avait éloigné du cercle familial en général et de sa fille en particulier accourait maintenant à lui et, sans modérer son effusion, se jetait dans ses bras, en un mélange d’eau, de sang et de sueur . Mélange des flux qui valait renouement avec le clan familial.
A une cinquantaine de mètres de là, Nour laissait échapper un torrent de sanglots qui éreintaient le promontoire en pierre sur lequel elle était juchée.
Mais lui qui réclamait un engagement sans failles en retour de l’amour qu’il était capable de déployer allait-il pouvoir définitivement pardonner à Nour de ne pas avoir su s’arracher à la décision paternelle?
15:00 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : fiction, rite, chiite, achoura, nour, corps
27.07.2008
Le poétique et l'éternité...
Plutôt que de présager de nos retrouvailles dans l'éternité,
Laisse-moi au moins cette sécurité,
Un poème sur ton cœur chaque jour gravé.
17:04 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
23.07.2008
Goût de départ...
Sa peau était Zahlé,
Quand je m'en suis allé,
La lêcher la goûter.
Ce jour où je m'en vais,
Je garde sur mes lèvres,
Saveur d'Orient, de rêve.
Après la guerre la trêve,
Elle est toujours trop brève
Et de partir je crêve!
Préfères aux Katiouchas,
Les obus de Mona,
Le Cèdre survivra.

20:40 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
22.07.2008
L'ouvrier syrien et la robe à 4000 dollars
Du bout de la rue Zaroub el Haramieh, s'échappent les vrombissements de coupet-cabriolés immatriculés à Beyrouth. Leurs propriétaires semblent être membres de la confrérie des utilisateurs de Pinto, tant leurs cheveux sont luisants et plaqués sur leur crâne comme les écailles visqueuses sur la chaire d'un baracuda. Puet-être parce que le cocktail de la masculinité beyrouthine toît ouvrant et vitesse risquerait de désordonner leur patrimoine capillaire... La plupart viennent déposer leurs greluches dans la rue animée, puis déguerpissent. Raison suffisante pour que je reste.

“The purpose of this day is to highlight Lebanon’s impressive concentration ofcreative talent,” a déclaré l'organisateur. Retenons que c'est tout autant "la concentration de talent créatif" qui est le but de cette soirée, que celle des devises US. Mais ne donnons pas l'impression de bouder notre plaisir. La foule bariolée se croise et se recroise au gré des exposition-ventes organisées dans des ateliers, appartements ou jardins intérieurs de ce "Marais" beyrouthin. Le baromètre tutoie les 40 degrés, les gouttes qui perlent sur mon front s'évaporent en "mosi oa tunia" ("fumée qui tonne", nom indigène des chutes connues sous le nom de Victoria), se mêlant aux phéromones qui s'échappent de chacunes des parties du corps de ces dames que leurs débardeurs ne cachent pas.
Du balcon de chacun des exposants balancent une dizaine de paniers suspendus par des lanières de soie. A chaque exposant est attribué une couleur. Des spots disposés sur les balcons se chargent d'accentuer la couleur du propriétaire des lieux. Les paniers font référence à l'ancienne technique utilisée par les habitants de ce quartier pour remonter leur courses... avant l'invention de l'ascenceur hydraulique ou de l'employée de maison philipinne, malaisienne ou ethiopienne. J'ai décidemment bien trop d'aptitudes à jouer les trouble-fêtes... Reprenons-donc le récit de la volutpueuse soirée de flâneries qui s'annonce.
A suivre...
17:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.07.2008
Philosophie pratique de la tentative avortée (partie3)
A tous les anti-Delon qui comme moi hésitent, bégayent, tergiversent...
Un peu différents sont les sentiments que procurent une tentative que vous choisissez délibérément d'avorter. Mais à quel nécessité répond ce petit suicide, me dira-t'on? Il s'agissait de se mithridatiser (immuniser par accoutumance à un poison) d'une dépendance infernale aux femmes. Quand les femmes occupent trop votre esprit c'est qu'elles n'occupent pas assez votre lit, et quand elles occupent trop votre lit, vous ne vous occupez plus de votre esprit.
C'était il y a environ un mois, au Canada, dans le musée d'art moderne (parce que je ne comprends toujours pas...) de Montréal. La soirée du mercredi étant gratuite, une foule bien plus dense qu'à l'accoutumée traversait les salles d'expositions. Dominait un assortiment multiculturel de jeunes femmes branchouilles ou précieuses décontractées, typiques du public des musées d'art moderne (en tout cas des deux que j'avais visité auparavant). La rapidité de mes pas et la lenteur des siens devant les œuvres nous rapprochaient involontairement l'un de l'autre. Alors, curieusement, mes pas commençaient eux-aussi à ralentir pour se mettre au diapason de cette lolita à la coiffure un brin excentrique qui contrastait avec son visage de poupée sage...
Mes capteurs olfactifs étaient pour la première fois attirés par une autre odeur qu'un subtile parfum. La menthe qui exhalait de son machouillement hyperactif sans être vulgaire me transportait immédiatement au sommet des Vosges... Était-ce un auto-encouragement, une ruse de ma conscience pour lever toute mes préventions: j'étais convaincu qu'elle me toisait ponctuellement du coin de l'œil. Je trouvais alors l'œuvre d'art moderne qui me servirait à créer l'interaction dont l'imminence avait fait accélérer les battements de mon cœur. Il faut bien que l'art moderne serve à quelque chose... En l'occurrence, il s'agissait d'une série de vitres de transport public graffés (ou gravés) à la clés, comme l'on peut en trouver sur les RER d'île-de-France. Là était donc la subversion: ce qui passait dans la vie vulgaire pour du vandalisme, faisait son entrée dans une institution artistique par la volonté de quelques bobos compatissants de la vie populaire. Pourquoi pas? Alors que mon épaule frôlait la sienne devant cet "œuvre", je sortais une clé de ma poche pour mimer l'acte du graff sur la vitre en ajoutant la parole au geste:

-"Do you think they would agree if I add my contribution there?"
- (en souriant) "I don't think so!"
Le sourire en lui même valait plus que le contenu de la réponse: la crainte avait été vaincue, elle laissait place au péril de l'interaction*. La discussion faisait bon train puis s'estompait parfois devant les œuvres d'art. Inquiet de perturber nos plans de visites respectifs, je faisais ce choix hautement contestable de laisser se réinstaller entre nous une certaine distance. Tout en prenant soin de rester dans sa mire. Ayant finit le parcours artistique -encore plus distrait qu'au début-, je rebroussais chemin vers la belle brune que l'aquilon qui balaie la côte Nord-Ouest du Canada avait déposé sur mon chemin.
Un nouveau sourire, et l'ensemble des préventions qui empêchent l'interaction était levé. A tel point que je me surpris à lancer une phrase d'une banalité confondante mais sincère :
-As far as I am concern, you are the most beatiful work of art in this place... By far.
Je me rendis seulement compte de ce que je venais de dire à la fin de la phrase. Je n'eus même pas le temps de claquer des dents en imaginant un éventuel de bêcheuse (auquel beaucoup de françaises m'avaient habituées). Elle me gratifiait d'un tendre "Ohhhhh it's so sweeeeet" finissant dans les aiguës puis me tendit la main en me donnant son nom dans un effluve de menthol. La petite Mary venait de Vancouver dans le cadre d'un échange linguistique visant à consolider sa connaissance de la langue de ses compatriotes francophones. Et n'importe quel "petit-fwançais" aurait voulu être son prof particulier.
A suivre
* Si ce mot est récurrent dans le texte, c'est la fréquentation assidue du sociologue Erving Goffman qui le veut. Il est bien dommage que le fruit de ses recherches n'aient encore jamais été appliquées, à ma connaissance, à l'interaction de "séduction"...
14:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Philosophie pratique de la tentative avortée (partie2)
A tous les anti-Delon qui comme moi hésitent, bégayent, tergiversent...
La lenteur des clients qui me précèdent ne me laisse aucune excuse. Je dois me lancer. Sous la pression, j'ai peur de sortir une banalité. Je prends donc quelques secondes de plus, sans toutefois me laisser le temps d'une trop longue réflexion qui pourrait mettre sous l'éteignoir mes velléités :
-"Te fatigues pas, je peux te faire un concert gratuit de Mika..."
La belle, qui scrutait jusqu'alors le plan de la salle tourne la tête vers moi sans même marquer un brin de surprise. Ce qui semble montrer une certaine habitude de l'alpague. Elle me sourit quand-même et me lance un sympathique "Ah bon?", sans poursuivre. Mais c'est à moi de développer les linéaments de l'interrelation qui commencent à peine à se tisser, pas à elle. C'est bien elle la muse et moi l'artisan. Il faut donc faire jaillir coûte que coûte l'inspiration, fût-elle en deçà de nos critères du héros romantique...
-"Ouais, je pense que je pourrais y arriver avec un peu d'indulgence de ta part", lançais-je pour ne pas laisser trop longtemps tourner le chronomètre du silence.
Elle sourit de plus belle. "Putain, ça marche!" (là, c'est ma voix intérieure qui destine ce commentaire à ma propre conscience, mi-surpris, mi autocongratulatoire à l'instant exact où son visage s'éclaire...)
A ce moment-là, le groupe de fans de Mika empoche sa razzia de places et laisse la place libre. Je commets l'erreur de diriger machinalement mon regard vers le vendeur, qui m'invite à m'approcher. Je ne me déplace alors que d'un mètre, mais j'ai l'impression de passer de l'autre côté de la rive de la méditerranée et d'y laisser la sublime loubnania... Je m'enquiers donc distraitement du tarif des places du concert que tiendra Dani Klein (Vaya con Dios) à Byblos les 17 et 18 juillet (post à venir). Il commence à décliner quelques possibilités, quand ô miracle, une voix de miel me parvient de l'autre côté de la rive:

-"Alors je te chanterai du Vaya!"
Comment? Même si par l'évocation de l'antique Byblos nous nous rapprochons de la Genèse, je ne connais cette fille ni d'Adam ni d'Eve, et voilà qu'elle me propose déjà de me bercer par la voix chaude de Dani Klein ? Nouveau miracle en provenance de la proche Terre Sainte! Intervention du Grand Artisan! Comment expliquer cela autrement? Mais voilà que le vendeur me presse à nouveau. Et abasourdi par ce qui vient de se produire, je me tourne vers l'homme à la chemise rouge (c'est tout ce que je distingue de lui, mes yeux étant restés dans le décolleté de la sublime loubnania), jette un œil sur le plan de salle:
-"Va pour le tarif intermédiaire, en milieu de salle..."
-"Très bien".
Pendant ce temps-là, ma Dani Klein beyrouthine a elle aussi replongé dans son plan de salle. Alors, celui qui me sépare de ma muse sans le vouloir me réclame maintenant la thune. Je pense qu'il aurait pu à ce moment précis me réclamer 1 million de livres libanaises (environ 650 dollars), je n'y aurai même pas prêté attention. Je m'acquitte de la somme réelle -que je sentirai passer un peu plus tard dans la soirée- au moment où se produit un bien désagréable coup de théâtre. Une amie la rejoint au guichet, disserte avec elle (en arabe), très probablement sur le caractère prohibitif des places, puis s'envole aussi sec. Je ne l'ai pas poursuivie pour l'arrêter. Cela demande une assurance en soi encore plus importante que de lancer la phrase d'accroche. Pris par le remord, la thermodynamique de mon coeur s'enclenche. Mais il était déjà trop tard. Comment la retrouver dans ce dédale de galeries marchandes luxueuses disposées sur quatre étages, où ses compatriotes libanaises forment un immense entrelacs d'effluves et de couleurs? L'autoflagellation intérieure pouvait commencer.
Quand cela se passe (c'est-à-dire quand cela ne se passe pas), l'échec se grave dans votre mémoire. Y est associé le visage de la belle comme celui du wanted punaisé sur le mur du bureau d'un shérif. Mais cet effort consentie ne l'est pas en pure perte. Votre complexe hypothalamo-hypophysaire saura vous rappeler, le moment venu, la douleur que vous encourez si à nouveau vous tergiversez... Une forme de résilience romantique, pour reprendre à notre compte la notion du célèbre neuropsychiatre et éthologue Boris Cyrulnik. Elle rejoignait désormais la grande galerie des mes rencontres non abouties (j'ai peine à dire "manquées").
Dans un passage célèbre de "La nouvelle Eloïse", Rousseau écrivait : "Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère, et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux." Peut-être cette maxime vaut-elle pour les choses matérielles... Mais pour le charnel et le spirituel? Mais pour une femme comme celle-ci? L'espérer sans jamais pouvoir la toucher ce n'est pas jouir mais se torturer! Penchons donc plutôt du côté de Clément Rosset, pour qui "le tragique naît de la contradiction entre les données du réel et les exigences de la joie", comme le philosophe Thomas Duzer l'indique au terme d'une réflexion-critique de haute volée. Tragique était donc le mot qui le mieux définissait la situation.
Voilà donc une tentative de séduction avortée à mon corps défendant qui apportait de l'eau à mon moulin amoureux tout autant qu'il m'infligeait une blessure. Ou peut-être apportait-il de l'eau à mon moulin d'amoureux précisément parce qu'il m'infligeait une blessure? Mais la tentative, fût-elle avortée, avait rendu possible des horizons qui rendait ma timidité de plus en plus caduque.
A suivre...
12:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.07.2008
Philosophie pratique de la tentative avortée (partie1)
A tous les anti-Delon qui comme moi hésitent, bégayent, tergiversent...
Il est arrivé à tout homme, fût-il timide, de produire l'effort pour aller au devant d'une femme qui lui plaît. Et si ce n'est pas encore le cas, ce moment viendra nécessairement. Pour celui-ci, la démarche sera d'autant moins coûteuse qu'il aura fait l'amer expérience du remord . Celui de ne pas avoir embrayé uneapproche alors que la silhouette de celle qui a fait accélérer les battements de son cœur s'évapore à l'horizon. Mis à nouveau dans cette situation, il reverra immanquablement défiler dans sa mémoire les visages de celles à qui il aurait pu glisser un mot, afin d'entamer une interaction...
Puis arrive le moment où la conjonction de la beauté d'une femme et le trop plein de remords font exploser la barrière de la timidité d'un homme, sa peur d'être éconduit, e la perspective du risque que son honneur soit écorné. Ce qui n'est tout de même pas rien, si ces dames veulent bien avoir l'indulgence d'en convenir !
L'étape intermédiaire de ce processus suscite souvent des remords encore plus violents que le fait de ne rien tenter du tout. Le cap de la première approche est franchi, mais, pour de multiples raisons, au premier rang desquelles un manque d'inspiration (ou pire, la peur du manque d'inspiration), on échoue à prolonger l'échange avec la belle.

Alors que dehors, le soleil cesse son acharnement pour laisser place à la doucereuse nuit d'Orient, la ruche ultrabourgeoise qu'est le centre commercial ABC de Beyrouth bourdonne d'abeilles qui veulent toutes le trône de la reine. Je voudrais l'espace d'un soir que la mienne soit Dani Klein, la bouleversante chanteuse de Vaya con dios. Elle passe au festival de Byblos dans une semaine. Mais le guichet de la billetterie d'un grand distributeur de disque est pris d'assaut par les fans de Mika ("Take it iiiiiiiiiiiiiiiiiisè!!!"), libanais d'origine qui se donnera bientôt en concert à Beyrouth. Sur les conseils de ce grand philosophe people et imberbe, je prend mon mal en patience.
Divine récompense pour ce jihad en nafs, voici qu'une superbe phénicienne vient déposer son mètre quatre-vingt à côté du mien. Avec ses talons, elle me surplombe même un peu. Je veux bien patienter trois heures de plus... Mes hormones, elles, n'ont pas cette patience et entament déjà leur ballet infernal qui me chatouille l'ensemble du corps jusqu'à la gorge afin que je balance quelques mots. C'est le moment critique. Celui où l'on est plus tout à fait maître de soi-même et où il faut pourtant conserver toute sa raison et mimer un aplomb qui ne fait pas partie de notre registre habituel...
A suivre...
22:45 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Poudre à canon, poudre aux yeux
"I need a hot stuff baby tonight!" crache la sono de ce bar du bout de Gemayze, ni chemin de Croix, ni chemin de Damas, plutôt chemin des bacchanales de la jeunesse chrétienne de Beyrouth. Effectivement le thermomètre est toujours au dessus de 30° malgré l'approche des minuits. Le message est bien reçu par les libanaises qui ont pris soin de créer des courants d'air entre le haut et le bas: juppettes se rapprochant dangeureusement de leurs fortunes et décolletés qui laissent une vue dont même les troupes syriennes perchées sur les montagnes de Sannine ne jouissaient pas.

Mais est-ce que tout cela ne serait pas que poudre aux yeux? La poudre à canon libanaise fait détonner mes émotions qui se projettent jusque dans ma raison, accouchant ainsi de quelques vérités. Mais bientôt, le prosaïque et les hormones se chargeront de me les faire oublier...
Celle qui aguiche, celle qui lance le regard dédaigneux de la mangeuse d'homme qui n'a pas besoin de vous, celle qui vous dévisage de haut en bas d'un air autain, celle qui se croit tout permis et vous passe allègrement devant: belle et le porte-feuille garni de dollars, elle croit pouvoir faire l'économie de la bienséance. Ses nichons lui vaudront bien un pardon, pense-t-elle. J'ai gratifié la dernière qui l'a cru de mon plus inquiétant regard de psychopate. Elle s'est excusée du bout des lèvres sans toutefois rendre la place qu'elle venait d'usurper. Pour finir le tableau, il y a celle qui vous accepte en "boyfriend" européen de passage, mais le lavage de cerveau clérical de la virginité prénuptiale ayant fait son oeuvre... vous voilà réduit à de biens enfantins "smacks".
Alors après ce tour analytique de mon amertume, mes petites françaises, allemandes, hollandaises... reprennent le devant. Je me rend compte, par l'effet hautement heuristique de la comparaison anthropologique, qu'elles ne badinent pas avec le désir. Elles aiment, sont séduites, simplement charmées; qu'à cela ne tienne: elles consomment et consumment en adultes qui font honneur à leur liberté. Elles sont pimpantes, aguicheuses, ou simplement attirantes: elles assument alors leur jeu en vous accordant une nuit ou plus. Elles vous gratifient plus aisément d'un sourire que la libanaise en situation de représentation nocturne, qui préfèrera d'abord vous défier, vous tester. Paradoxale lolita affublée d'une Croix en lieu et place de la moyennageuse ceinture de chasteté, ou femme adulte qui n'offre sa virginité qu'en échange d'une dote ou d'une demande en mariage, peu pour moi... A chosir, je préfère encore la charmouta!
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