30.06.2008
Le coeur du vieillard
L'an dernier (septembre 2007), c'est le geste d'un poète et philosophe qui m'a le plus marqué. André Gorz a choisi de se donner la mort, à 84 ans, peu après le décès de sa femme des suites d'une longue maladie. A la fois tragique et magnifique. C'est peut-être la seule raison pour laquelle j'oserais qualifier la mort d'un homme en des termes laudatifs...
Une rencontre libanaise m'a renvoyé au geste de Gorz et donné envie de griffoner quelques lignes sur ce délicat sujet. Un vieillard que je croise régulièrement dans le quartier chrétien de Beyrouth, jamais accompagné, et vivant seul, selon les renseignements que j'ai pu glaner. Son regard semble déjà tout tendu vers l'au-delà, non pas seulement pour aller au devant d'une présence divine attendue mais pour y retrouver une partie de lui qui s'est évaporée... André Gorz formulait ainsi cette tension:
"C’est cela: la passion amoureuse est une manière d’entrer en résonance avec l’autre, corps et âme, et avec lui ou elle seuls. Nous sommes en deçà et au-delà de la philosophie." (in Lettre à D.)
Le coeur du vieillard
(A André Gorz et El haj d'Achrafyieh)
Derrière cette poitrine de vieillard,
Les plis de cette peau frippée,
Se cache une véritable oeuvre d'art,
Un coeur qui a aimé.
Il s'essoufle aujourd'hui,
Et se met au diapason,
De celui de sa femme,
Qui après la passion,
S'en fût avec son âme,
De l'autre côté de la vie,
Où il a choisi de la rejoindre aujourd'hui.
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23.06.2008
Stances
Ce poème de Molière pour explorer le moment où la confession devient un frein à la réalisation amoureuse... Comme le Liban est livré à la division confessionnelle, comme je nourris cette idée insensée que l'amour entre des hommes et des femmes peut juguler les différends politiques et religieux, j'ai choisi de vous le livrer.
On pense ici au "Quand vous serez bien vieille" de Ronsard, l'amertume en moins, et la précision de ce qui fait la résistance de la demoiselle en plus... C.
Souffrez qu'Amour cette nuit vous réveille;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer;
Vous dormez trop adorable merveille,
Car c'est dormir que ne point aimer.
Ne craignez rien; dans l'amoureux empire
Le mail n'est pas si grand qu'on le fait,
Et lorsqu'on aime et que le coeur soupire,
Son propre mal souvent le satisfait.
Le mal d'aimer, c'est de le vouloir taire:
Pour l'éviter, parlez en ma faveur.
Amour le veut, n'en faites point mystère.
Mais vous tremblez, et ce Dieu vous fait peur!
Peut-on souffrir une plus douce peine?
Peut-on subir une plus douce loi?
Qu'étant des coeurs la douce souveraine,
Dessus le vôtre Amour agisse en roi;
Rendez-vous donc, ô divine Amarante!
Soumettez-vous aux volontés d'Amour;
Aimez pendant que vous êtes charmante,
Car le temps passe et n'a point de retour.
Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622-1673)
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17.06.2008
Retour
(poème impatient)
Après de longs mois éloigné des rives de ta méditerranée,
Des rives de tes hanches et de ta croupe sacrées,
Je reviens enfin célébrer ta beauté.
Aucun bombardement ne pourra m'empêcher,
D'imprimer sur ton cœur et ta peau,
Ma voix mes doigts et mes mots,
Pour que l'écho de mes poèmes te parvienne depuis le fin fond de l'éternité,
En laquelle avec toi je voudrais croire avec sincérité.
15:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Nuit d'Orient
(poème déstabilisé)
Que touchez-vous ainsi au fragile balancier de mes émotions?
Il en faut si peu pour que bascule mon trébuchet!
Alors vous, tournoyant la corolle de votre robe comme la parure déployée du paon,
Alors vous, brassant un zéphyr qui enrobe cette nuit d'Orient,
Alors vous, déposant sur vos lèvres ces bulles de champagne que j'étancherai tant,

Alors vous souriant,
Alors vous respirant,
Alors vous ingénuement,
Alors vous, aujourd'hui, demain, dans 10 ans...
Alors vous, femmes du Liban.
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