31.03.2010
L'Annonciation, première fête islamo-chrétienne au Liban
Le Liban a officiellement entériné l'Annonciation comme fête islamo-chrétienne. Cette fête religieuse célèbre traditionnellement l'annonce faite par l’ange Gabriel à Marie, mère de Jésus, de sa maternité.
Avant de vous faire le récit personnel d’un dialogue islamo-chrétien inattendu dans lequel j’ai été impliqué en Andalousie, je voudrais partager ce texte de Rizk Bahjat, attaché culturel de la délégation libanaise à l'UNESCO, qui, enthousiasmé par cette initiative se fait d’abord lyrique, avant que son esprit analytique et comparatiste ne reprenne le dessus. Il a été publié sous la forme d’une tribune dans le seul quotidien du monde arabe en langue française, L’Orient le Jour, le 25 mars 2010. Au cœur de son article on relève une phrase qui caractérise bien à mon sens la situation libanaise : « Les Libanais restent soumis à cette logique fluctuante incessante du rassemblement et de la division : comme pour tout pays pluriculturel, leur rassemblement ne peut résulter que d'une vraie volonté de vivre ensemble, d'un choix consenti et intériorisé, et non d'une contrainte historico-géographique imposée. » On serait tenté de rassurer Mr Bahjat en lui disant que c’est là une tension qui travail l’ensemble de l’humanité (même si les secousses humaines sont peut-être d’une intensité plus importantes au Proche-Orient qu’à l’Ouest),si l’on se souvient de cette fulgurance prononcée par Claude Lévi-Strauss, précisément devant l’UNESCO, en 1952 : « L’humanité est constamment aux prises avec deux processus contradictoires dont l’un tend à instaurer l’unification tandis que l’autre vise à maintenir ou à rétablir la diversification. » Mais laissons la parole à Rizk Bahjat:
L’Annonciation et le processus d’identification
Beaucoup de très beaux textes ont été rédigés à l'occasion de la proclamation officielle de la fête commune islamo-chrétienne nationale de l'Annonciation (25 mars).
C'est une première fête religieuse commune que nous aurons en partage et qui facilite le processus d'identification car elle provient directement et de manière identique du Nouveau Testament (Évangile St-Luc 28-35) et du texte sacré révélé (Coran 69/ 41-46), la concordance des deux textes faisant foi. D'autre part, l'Annonciation se rapporte à la figure unique, absolument maternelle de la Vierge et représente une médiation providentielle entre les deux grands monothéismes que sont le christianisme et l'islam.
Dans toute expérience humaine, depuis l'aube des temps, se reproduit l'intercession de la bonne mère, source d'amour et de vie. Toute l'humanité s'inscrit dans ce rapport de la création : du père, de la mère et de l'enfant. Ce sont des fonctions structurantes qui empruntent à chaque fois une nouvelle économie sociale et émotionnelle, toujours constante, sans cesse négociée et renouvelée, dans notre espace de liberté octroyée entre nature et culture, détermination biologique et liberté existentielle.
Les Libanais, du fait de leur composition, tentent depuis des décennies de réconcilier les religions monothéistes entre elles. Souvent, ce sont de grands théologiens qui se sont penchés sur la question (père Youakim Moubarak, père Michel Hayek, cheikh Mohammad Mehdi Chamseddine, cheikh Ahmad Assaf, cheikh Sobhi el-Saleh ...), souvent aux dépens de leur santé et même de leur vie, ou même des politiques, inspirés dans un désir de réconciliation (le président Charles Helou, le président martyr Rafic Hariri...) Tout penseur, homme de religion ou politique libanais a été nécessairement confronté à un moment donné à la question qui est au cœur de la problématique et de l'identité libanaises. Certes, les points de divergence sont là ainsi que les points de convergence ; il s'agit de savoir quoi mettre en avant : le processus d'identification ou le processus d'exclusion, car une relation se construit et se déconstruit pour le meilleur et pour le pire, dans la mémoire individuelle et la mémoire collective.
Nous retrouverons toujours côte à côte en politique la République de Platon (ou la cité vertueuse de Farabi) et le prince de Machiavel, l'idée du pouvoir qui trouve sa finalité au-delà de lui-même (idéalisme) ou en lui-même (matérialisme). Le pouvoir est-il dans ce qui rassemble ou ce qui divise? Les Libanais restent soumis à cette logique fluctuante incessante du rassemblement et de la division : comme pour tout pays pluriculturel, leur rassemblement ne peut résulter que d'une vraie volonté de vivre ensemble, d'un choix consenti et intériorisé, et non d'une contrainte historico-géographique imposée. Les Libanais se sont toujours retrouvés de manière occasionnelle (et souvent avec l'aide d'intermédiaires), mais au-delà des acquis politiques des uns et des autres, pensent-ils être les porteurs d'un vrai projet existentiel qui transcende leurs différences et une mise en commun dont découleraient leur enrichissement et leur bien-être mutuel ?
Avant toute réforme politique quelle qu'elle soit, et au cœur même de leur dialogue, c'est la définition de leur identité qui demeure prioritaire : ils doivent savoir qui ils sont pour savoir ce qu'ils veulent. La fête de l'Annonciation devrait leur permettre prochainement de s'investir spirituellement, émotionnellement et intellectuellement dans ce qui les rassemble et les réunit. Un vaste chantier pédagogique devrait être lancé à cette occasion pour entraîner une véritable adhésion populaire, toutes communautés et couches confondues. Il ne s'agira plus alors d'un discours savant ou politique, mais du cœur de leur croyance commune puisque Marie est identifiée, reconnue et vénérée dans les mêmes termes (élue, Vierge, mère du Messie) lors de l'annonciation de l'ange.
Les religions monothéistes doivent partir de leur tronc commun pour retrouver ou recréer leurs liens et mettre en avant leurs points de convergence plutôt que de rupture (la figure de la Vierge dans le christianisme et l'islam, celle d'Abraham pour le judaïsme et l'islam, celle de Ali pour le chiisme et le christianisme primitif...) car le propre même de la religion, c'est de relier, de créer le lien avec Dieu et avec autrui. Certes, tout être humain, toute collectivité est préoccupée par sa survie matérielle et spirituelle (car nous sommes tous mortels) et le monde est devenu du fait du développement incroyable des moyens de communication trop ouvert pour redéfinir des espaces fermés. Nous sommes tenus de dialoguer, de recréer une continuité historique pour ressouder l'espace commun. Avec la mondialisation, cette interdépendance des peuples et des continents devrait nous pousser à réorganiser notre monde de manière collective. Certes, il y aura toujours des rapports de force politiques et économiques qui gèrent en partie tout regroupement humain depuis la nuit des temps, mais également des rapports de solidarité, de fraternité et d'identification. Tout être ou toute collectivité doit porter un idéal pour donner un sens, un goût d'absolu à son existence relative, pour traverser le temps et avoir une raison d'être.
Les Libanais, autrefois porteurs du premier alphabet phonétique, ont été, du fait de leur géographie, des médiateurs culturels et commerciaux, des artisans d'une communication unifiée. Le fait de célébrer ensemble au niveau de la nation, toutes communautés réunies, la fête commune islamo-chrétienne de l'Annonciation, le 25 mars, donne soudain un contenu au Liban-message. Que tous les promoteurs de cette idée pionnière soient vivement remerciés : les pères jésuites, le groupe de dialogue islamo-chrétien, le président de la Fondation maronite Michel Eddé, l'ancien secrétaire général de Dar el-Fatwa cheikh Noukkari, le brillant et sage Ibrahim Mehdi Chamseddine, le président Saad Rafic Hariri et le président Michel Sleiman. Même si cette démarche touche au politique, elle va au-delà du politique, elle revient aux textes fondamentaux, à la parole révélée, à la parole incarnée, à l'intimité de l'être. C'est une occasion unique pour les Libanais afin que leur acte de foi se transforme en acte d'appartenance commune.
Bahjat RIZK, L'Orient Le Jour, 25 mars 2010
Un Ave-Maria en son dolby adhane…
Ce principe de dialogue étant posé, il fallait lui donner corps. Une idée de prime abord surprenante germait alors dans l’esprit des promoteurs de cette fête islamo-chrétienne : la conjonction d’un Ave Maria et d’un adhane (appel à la prière pour les musulmans). Les protagonistes en sont la chanteuse d’opéra franco-libanaise Tania Kassis et les muezzin Mohammad Shaar et Maen Zakaria.
Or ce trio un peu plus spirituel que les boys ou girls band auxquels nous a habitué la télévision festivus festivus (le mot est de Philippe Murray, qui voit succéder ce modèle anthropologique au sapiens sapiens...) qui gangrène les écrans occidentaux se produit avec succès dans de nombreux endroits, comme nous le rappelle la jeune journaliste Cynthia Abou Jaoudé, toujours dans L’Orient le Jour (daté du 29/03/2010). Au Liban d’abord, ce trio a lancé la rencontre islamo-chrétienne «Ensemble autour de Marie, notre dame», le jeudi 25 mars au Collège Notre-Dame de Jamhour », mais sa première interprétation s’est tenue, le 20 mai 2009 au collège Bernardins à Paris avant de revenir au Levant sur le campus des sciences humaines de l'Université Saint-Joseph à Beyrouth le 30 mai. Une édition limitée de ce chant religieux islamo-chrétien aurait même été distribué lors du lancement de la version arabe du livre d’entretien de Nicolas Sarkozy, La République, les religions, l'espérance, en juin 2009 à Paris, nous apprend Cynthia Abou Jaoudé (qui est par ailleurs responsable au sein de l'association Rassemblement de la Jeunesse Libanaise, créee en 1986, dont le site fourmille d'infos sur la diaspora libanaise.)
Point d’orgue de la réception et de l’adoption de cet hymne clérical : l’inauguration des VIes Jeux de la francophonie en septembre où le trio s’est produit devant 30000 personnes, parmi lesquels le président libanais Michel Sleiman, le Premier ministre français François Fillon, de l'ancien président du Sénégal Abdou Diouf et le prince Albert II de Monaco, tous quatre membres de l’association de la francophonie.
L’Alhambra, mon pote muezzin, et l’Ave Maria…
Constatant le succès d'une telle entreprise, je ne puis résister à la tention narcissique, chers lecteurs, de signaler que je fus, avec quelques autres un précurseur en la matière sans même le savoir. Sans que cela ne soit planifié. Un souvenir que je garde -et pour longtemps- de ma visite de l'Alhambra, en compagnie de l’élite musulmane européenne, financée par le Conseil de l’Europe pour jeter les bases du dialogue intereligieux lors d’un workshop à Grenade, en mars 2009.
Après des heures d’intense brainstroming (j’emploie des anglicismes seulement parce qu’ils sont courants dans ces séminaires là…) l’après-midi était consacré à la visite du superbe palais de l’Alhambra. Avec Oussama brillant étudiant (Oxford, Berkeley) britannique d'origine algérienne, un jeune muezzin lybien, un documentariste albanais et deux autres membres du Forum for Muslim Youth in Europe (FEMYSO). Une petite dizaine d'autres touristes sont dans nos pas, nous arpentons cet édifice dont l’ocre rosé d’emblé nous apaise.
Nous parvenons à la fin de la visite dans une partie arrière et basse du palais dont les arcs plein-cintres débouchent sur les jardins et la grande fontaine. Nous entrons alors dans une salle où l'écho, la diffusion des sons, est de l'ordre du dolby stéréo médiéval. C’est surprenant. Les quatre piliers de bétons qui soutiennent la chape se prolongent en arcs plein-cintres qui tous quatre se rejoignent à l'exact milieu du toit de la pièce. De sorte que quelqu'un qui chuchote contre l'un de ces piliers peut, par un jeu de résonnance, être entendu par un autre individu qui colle son oreille sur le pilier opposé. Les amis ne peuvent résister à demander au frère libyen de faire un adhane, un appel à la prière. Il prend sa plus belle voix et entame son appel. Effectivement se répand une sonorité pure et linéaire dans l'ensemble de la pièce. Les touristes autour de nous sont agréablement surpris et se laissent transporter ainsi à l’époque arabo-andalouse. Ils filment, prennent des photos, tout en étant charmés par la qualité du son qui s'échappe de la voix du muezzin improvisé. C'est très pur, très beau en effet. Pas de ces adhanes injonctifs et nasillards que l’on peut parfois entendre, comme il existe des homélies dont la tonalité peut être mal placée.
Quand il a fini, une petite dizaine de secondes s'écoulent avant que tous le monde ne reprenne ses esprits et n'applaudisse. Comme d'autre je le félicite. J'essaie à mon tour de voir comment l'ensemble architectural conduit ma propre voix. Mes cordes vocales me surprennent alors par leur audace de propulser un petit son baryton hors de ma cavité buccale. Mais je m'arrête à cela. Les amis du FEMYSO m'invitent à poursuivre. J’avoue ne pas trop me faire prier, pour leur proposer un Ave Maria. Le son se répand d'une telle manière que j'ai subitement l'impression de passer d'une médiocre octave baryton à un ténor à peu près potable. Effet magique du lieu certainement. Ou baraka de Dieu qui observe avec bienveillance cette fraternelle scène. Allah wal’alim. L'assemblée à nouveau réagit avec entrain et bienveillance en frappant chaleureusement dans ses mains, comme au tour de l'ami libyen, avant de s’éparpiller. Au sortir de cette pièce voûtée, nous avons le sentiment d'avoir réalisé en acte le dialogue islamo-chrétien le plus profond et le plus concret...
Mais si cet écrin andalou n'avait était sécularisé, neutralisé en témoin de l'histoire passée, notre échange aurait-il pu se produire. L'un ou l'autre des célébrateurs improvisés aurait certainement finit dans les geôles de l’autre. Il faut penser l'occupation du monde autrement qu'avec nos confessions (tout en pouvant parler à partir d'elles). Et le modèle qui préserve encore un peu cette exigence s'appelle la République laïque... Ce modèle reste pour moi la meilleure contribution à la pacification des relations entre les groupes humains.
19:11 | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : annonciation, liban, marie, christianisme, islam, dialogue, intereligieux, kassis, muezzin, islam, christianisme
20.03.2010
La poésie selon Meschonnic
Henri Meschonnic (1932-2009) était poète, traducteur et professeur de littérature. Issue d'une famille juive russe originaire de Bessarabie, il connu le parcours brillant de nombreux enfants de primo-migrants de ce coin du monde et de cette origine culturelle qui ont apprivoisé et sublimé la langue française (à l'instar de Maxime Rodinson, Eugène Ionesco, Jean Ferrat -Tenenbaum-... pour ne citer qu'eux)
"Toute ma vie est dans mes poèmes, mes poèmes sont le langage de ma vie. C'est par eux que je vais d'inconnu en inconnu. Ils me font plus que je les fais. Et ils sont reconnus par ceux qui sont du même côté du langage, du même côté de la vie que moi. Un poème, pour moi ne raconte pas d'histoires. Mes poèmes sont les condensations du sens de ma vie. C'est pourquoi ils tiennent moins de place que le reste de mon travail, mais c'est eux qui me font traduire la Bible comme je traduis, qui me font penser le langage, la poésie, la traduction comme je fais. Pour moi, un poème est ce qui transforme la vie par le langage et le langage par la vie. C'est mon lieu, et je le partage.
Il ne faut pas beaucoup de mots pour transformer notre rapport au monde et à nous-mêmes. L'exemple le plus simple, ce serait, entre autres, il se trouve que c'est le premier qui me vient à l'esprit, un poème de Giuseppe Ungaretti, fait de deux mots :
M'illumino
d'immenso.
(Je m'illumine d'immense.)
La poésie doit transformer le monde, elle transforme notre rapport au monde ou elle n'est pas la poésie, mais une poétisation. Autrement dit, la poésie, c'est l'union maximale du langage et de la vie. Écrire un poème, c'est faire la vie. Lire un poème, c'est sentir la vie qui nous traverse et être transformé par lui.
Penser, écrire, c'est travailler à être libre, c'est-à-dire vivant."
Henri Meschonnic, Vivre poème, Dumerchez, 2005
12:34 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : meschonnic, poème, poésie, littérature
10.03.2010
"At the Edge of the City: Reinhabiting Beirut" (Fadi Shayya)
Je relais l'information de la sortie de cet ouvrage en langue anglaise sur Beirut édité par Fadi Shayya. Il contient également un documentaire:
At the Edge of the City: Reinhabiting Public Space toward the Recovery of Beirut’s Horsh Al-Sanawbar
It is with pleasure that I announce the release of At the Edge of the City: Reinhabiting Public Space toward the Recovery of Beirut’s Horsh Al-Sanawbar, a new edited volume on Beirut’s park and public space. The undertaking is a genuine effort for understanding contextual meanings and practices of public life and public space in the Mediterranean context of Beirut.
The 192-page volume (B&W + color) is rich in research texts, personal experiences, photographs (historical, contemporary, and aerial), information graphics, and art work. The volume includes a poster (by Danny Khoury) and a documentary DVD (by Lasse Lau). Lau’s film “Pine Nuts” examines the political and social relevance of Beirut’s park while dealing with its story as told by the immigrants of the Lebanese Diaspora.

The book is available in all major bookstores in Lebanon and from Amazon at the following link: http://www.amazon.com/At-Edge-City-Reinhabiting-Al-sanawbar/dp/9953015376/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1267948173&sr=8-1. You can also refer to the book blog for the ToC and Introduction (http://attheedgeofthecity.wordpress.com/). I hope you find this book enjoyable and useful.
Details
Edited by Fadi Shayya
Foreword by George Arbid
Design by Danny Khoury
ISBN 978-9953-0-1537-8
192 pages, with color photographs and infographics
Includes poster [by Danny Khoury] and DVD [by Lasse Lau]
First edition in 2010, Published by DISCURSIVE FORMATIONS
Supported by the Heinrich Böll Stiftung – Middle East Office
Synopsis
In Part 1: An Intricate Urban Context, the authors discuss the history of the park and evolving meanings of public space. From pine woods in the seventeenth century to a park in the twentieth century, Horsh Al-Sanawbar is established within Beiruti memory and continues to be a part of its imagination due to its current closure. Collective memory and social imagination in Beirut are continuously located in a peculiar context of difference, division, conflict, coexistence, and creativity. Amidst the reproduction of fear and division – during and post the civil war – and amidst dire socioeconomic disparities, people continue to remember, practice, and appropriate the public space of the city. Spatial coexistence, in Beirut’s loaded context, becomes synonymous with political and cultural coexistence.
In Part 2: Heterotopias of Park & City, the authors investigate the spatial connections between Beirut and its park through the lenses of Modernity, spatial justice, confessional divisions, exclusion, gender equality, and environmental ethics. The place, its rehabilitation, and the closure of Horsh Al-Sanawbar constitute experimental fields for the authorities and citizens of Beirut to try to manifest recovery from the civil war and reinhabit a “missed” Modernity. The park and the city seem at odds, and Foucault’s notion of a heterotopia dominates all utopian imaginations of a place that is supposed to bring people together.
In Part 3: Transient Citizenship, Transient Public Space, the authors inscribe citizens’ understandings of ownership of public space and their consequent practices and experiences of advocacy and activism to reclaim their domain. Enacting citizenship through public space is questioned as an imported, political, and cultural construct against practices of claiming and reclaiming collective ownership. Thus, when a group of citizens decide to mobilize to reclaim the spatial design, green space, or picnic space of the park, their citizenship is enacted. However, whether citizenship (and its enactment) or the public space (and its domain) is transient remains a central controversy in the context of the confused meanings of Beirut.
Best Regards,
Fadi Shayya, BAE MUD
Urbanist and Social Advocate
DISCURSIVE FORMATIONS
http://www.discursiveformations.net/
http://attheedgeofthecity.wordpress.com/
Beirut, Lebanon
15:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : beyrouth, sociologie, urbanisme, photographie, livre





